Mensonge vs Vérité dans le BDSM ou dans les cordes (la vérité dans le BDSM ou dans les cordes : partie 4)


Note 1 : Suite du troisième article sur la vérité dans le BDSM ou dans les cordes.

Note 2 : Dans le présent document, les termes employés pour désigner des personnes sont pris au sens générique, ils ont à la fois la valeur d’un féminin et d’un masculin.

Note 3 : Dans cet article, je vais essayer de vous parler du dilemme entre le mensonge et la vérité dans les cordes ou dans le BDSM.

Deux façons d’appréhender la notion de vérité :

  • la vérité des choses qui renvoie plutôt à la réalité et qui est fréquemment invoquée lorsqu’on parle d’incertitude lorsque l’on n’a pas de certitude sur le pourquoi ou le comment, ce qui peut conduire à ce que certaines personnes disent qu’il n’y pas de vérité ;
  • La vérité de ce que l’on tient pour vrai, c’est à dire l’énoncé qu’on peut produire. Un vérité qui fait référence à un énoncé que le locuteur tient pour vrai.

On peut donc se poser la question, faut-il tout le temps dire la vérité ? Il existe un grand nombre d’écrits, de débats, de philosophies, de littératures sur le sujet de dire ou pas la vérité. D’un point de vue BDSM ou de cordes, il ne s’agit pas de donner une opinion supplémentaire s’il faut ou pas dire la vérité, il s’agit de comprendre quelles sont les pratiques sociales ou communautaires, quelles sont les normes et les valeurs sur lesquelles reposent ces pratiques. Il s’agit aussi de cerner les logiques auxquelles se rattachent les différentes positions, et les pratiques des BDSMistes, encordeurs ou encordées. Comment concrètement se réalise la divulgations de l’information, de la vérité ?

Beaucoup ont écrit sur des blogs, sur facebook, sur fetlife, sur des sites, dans des tchats sur le droit des personnes soum/bottom/encordée à connaître la vérité. En essayant de résumer, la personne Dom/top/encordeur doit à la personne soum/bottom/encordée une information loyale, claire et appropriée sur ses pratiques, son expérience, sur ce qu’il veut faire, sur les limites qu’il ne dépassera pas, mais il y a des réserves à cela, car dans l’intérêt de la personne soum/bottom/encordée, et pour des raisons pertinentes que le Top/Dom/encordeur, en conscience, peut tenir dans l’ignorance, la personne soum/bottom/encordée. On a donc un code dans le BDSM ou dans les cordes qui formule une obligation qui est de dire la vérité, de donner l’information, mais qui en même temps prévoit la possibilité de transgresser cette obligation. En fonction du niveau de pratique dans lequel ils évoluent (SSC, RACK, CNC ou TPE…) la personne soum/esclave/bottom/encordée pourrait invoquer le droit d’être informée et le droit de prendre des décisions sur ce qu’elle va vivre, ou ce qu’elle vit à partir des informations qu’elle dispose. En fonction du niveau de pratique (SSC, RACK, CNC ou TPE…), cette liberté que peut avoir le Dom/Maître/top/encordeur sera tempérée, il ne pourra soustraire la vérité à la personne soum/esclave/bottom/encordée. La personne Top/Maître/Dom/encordeur doit par contre préserver l’intégrité physique et morale de la personne soum/esclave/bottom/encordée, on ne peut pas leur faire de tort ! Ne pas faire de tort fait l’objet de deux interprétations différentes :

  • Certaines personnes Top/Maître/Dom/encordeur interprètent cela comme : il ne faut pas dire la vérité, ne pas révéler ce que l’on va faire parce qu’il n’y aura plus d’effet de surprise, de découverte. Cela va bloquer le Mind Play ;
  • D’autres s’appuient sur cette préservation de l’intégrité physique et morale pour dire la vérité, pour ne pas soustraire l’information, ils récusent la pratique du mensonge, avec en arrière pensée, même si c’est de manière inconsciente, la possibilité de se soustraire de leurs responsabilités prétextant que la personne soum/esclave/bottom/encordée savait ce qui allait se passer, et qu’elle avait accepté.

La vérité peut avoir plusieurs antonymes, pour certains c’est le secret, pour d’autres le silence, pour d’autres le mensonge (par omission ou réel).

Ne pas faire de tort reste de toute façon sujet à la subjectivité. Ceux qui préfèrent le secret auront les mêmes arguments que ceux qui prône le silence ou le mensonge pour défendre des positions totalement différentes. Ce positionnement se fera toujours sur l’injonction d’une posture éthique, il y a toujours une justification morale de la rétention de la vérité, voire du mensonge dans le milieu du BDSM ou des cordes. Cette justification apparaît dans la culture judéo-chrétienne sous l’expression “pieux mensonge” ? Cette expression vise à dépouiller le mensonge de sa connotation négative,  que l’on retrouve sous une autre forme chez les anglo-saxons “noble lie” , noble car accompli pour une noble cause.

En terme anthropologique, la révélation de la vérité ou la pratique du mensonge, c’est quelque chose qui est à replacer à l’intérieur d’une relation sociale spécifique et le BDSM et les cordes sont avant tout des relations sociales et à l’intérieur d’une relation de pouvoir, plus que la personne Top/Maître/Dom/encordeur soustrait le savoir à la personne soum/esclave/bottom/encordée qui est placée sous sa dépendance.

Les personnes Top/Maître/Dom/encordeurs sont donc tiraillés entre des choix possibles du fait qu’ils se retrouvent dans un dilemme qui est lié aux conflits entre deux principes éthiques distincts parfois perçus comme antagoniques :

  • d’une part le principe de bienveillance ou de non malveillance. Il faut que la personne Top/Maître/Dom/encordeur rassure la personne soum/esclave/bottom/encordée, ce principe de rassurer est un rôle qui est imputé à une relation paternaliste (exemple : Daddy et Brad) due au pouvoir que la personne soum/esclave/bottom/encordée peut donner sur elle ;
  • D’autre part le principe d’autonomie, c’est-à-dire autonomiser la personne soum/esclave/bottom/encordée, autrement dit lui laisser sa liberté de gérer sa servitude, pour cela elle a la nécessité d’avoir des informations. Un rôle qui s’inscrira dans une relation plus équitable. Cela va donc créer une dissonance éthique dans la mesure où il va y avoir une adhésion simultanée des Top/Maître/Dom/encordeurs à des objectifs éthiques en partie contradictoires.

Pour les Top/Maître/Dom/encordeurs qui prône la vérité, souvent c’est soit pour le droit qu’elle a de savoir la vérité, soit pour obtenir d’elle une meilleure soumission :

  • La première position (savoir la vérité) est une position de principe, c’est une posture morale ;
  • La seconde position (meilleure soumission) est une position utilitariste, c’est une stratégie objectiviste.

Comment un Top/Maître/Dom/encordeur peut-il juger de ce qu’il peut dire ou pas à sa soum/esclave/bottom/encordée ? Sur quels critères, quels niveaux peut-il s’appuyer pour lui dire ou pas ? Est-ce à l’appréciation de chaque Top/Maître/Dom/encordeur ? Est-ce des critères, niveaux et appréciation qui doivent se fonder sur l’expérience ? Est-ce des critères sociaux ou intellectuels ?

Il faut faire attention, en prendre en compte que le fait de comprendre une information donnée et supporter par avance une information donnée n’est pas la même chose. Une personne soum/esclave/bottom/encordée pourra supporter l’intensité d’une corde ou d’une pratique, mais si elle savait ce qu’elle allait vivre, il se peut qu’elle ne supporte pas cette intensité.

De par mon observation que ce soit sur le domaine virtuel ou dans le monde réel, souvent l’information est donnée par la personne Top/Maître/Dom/encordeur malheureusement non pas en fonction de l’appartenance socio-culturelle réelle de la personne soum/esclave/bottom/encordée, mais en fonction de l’appartenance socio-culturelle supposée et par le  capital socio-culturel supposé et inversement la soustraction de la vérité et le mensonge du Top/Maître/Dom/encordeur se font plus souvent aux personnes soum/esclave/bottom/encordées des milieux populaires.

De par mon observations, les comportements des BDSMistes ou des encordeurs/encordées sont modulés non pas seulement en fonction des dispositions psychologiques et physiques, mais aussi à travers ses caractéristiques sociales. C’est un mécanisme qui contribue à renforcer les iniquités d’accès à l’information, dans la mesure où cette information va être donnée à des personnes qui sont déjà socialement les mieux outillées pour l’obtenir, pour la demander, pour la rechercher, pour la comprendre, pour l’appréhender.

Certains pensent que la vérité doit se dire par palier, dans le fait qu’il ne faut pas être violent, brutal lorsqu’on l’annonce. Il y a aussi des mensonges par palier, des personnes avouent leur mensonge et exprime non pas la vérité, mais un deuxième mensonge, mais qui est moindre que le premier.

De la même façon, peut-on dire la vérité par diagnostic (c’est-à-dire sur ce que l’on va faire, un diagnostic étant un écart entre un état présent, et un état futur) et ne pas dire la vérité par pronostic (c’est-à-dire sur les effets, conséquences de ce que l’on va faire va produire) ? Existe-t-il une incertitude sur le résultat, sur l’effet, la conséquence produite ? Si oui, maîtrise-t-on ce que l’on fait, est-on sécuritaire ? Peut-on être assuré d’avoir une maîtrise totale dans la pratique, dans la réalité des faits ?  

Peut-on avoir sur certaines pratiques, un diagnostic qui comporte un pronostic ? C’est-à-dire que l’on serait dans une dimension pronostic du diagnostic ?

La vérité peut aussi être parfois manipulée, par les personnes, des gamers qui seront plus dans le show, dans le spectacle, voire des fois simplement par la vision de la pratique ou des faits du point de vue de la “bouteille à moitié pleine” . Une formulation, une pratique assez fallacieuse, plus qu’elle va tromper soit la personne Top/Maître/Dom/encordeur, soit la personne soum/esclave/bottom/encordée, soit les spectateurs ou voyeurs. Mais dans ce cas-là, peut-on parler en termes de Maître ou d’esclave ?

Que l’on soit dans le gaming ou dans le playing, que l’on soit  Top/Maître/Dom/encordeur, soum/esclave/bottom/encordée ou switch, comment doit-on agir ? Comment doit-on réagir ? Que doit-on dire ou ne pas dire ? Quand commence ou finit la vérité ? Quand commence ou finit le mensonge (réel ou par omission) ? Que veut dire être sincère ? Que veut dire être réel ? Que veut dire être consistant ? Qui a raison ? Qui a tort ? Qui est dans le vrai ? Qui est dans le faux ? Où commence ou finit le réel ? Où commence ou finit le virtuel ? Où commence ou finit le fantasme ? Chacun aura sa perception des choses et en fera une interprétation qui lui sera propre.

Suite partie 5 :  en construction…

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Un commentaire sur “Mensonge vs Vérité dans le BDSM ou dans les cordes (la vérité dans le BDSM ou dans les cordes : partie 4)”

  • Sujet difficile ….pour moi le la verité c’est très vaste…Toutes les vérités sont elles bonnes à dire? le droit au respect de la vie privée…se préserver…rester sous un masque pour affronter…se proteger du milieu “requin” qui nous entourent…Selon mon avis, la vérité exprime ce qui est mais peut etre une erreur en fonction d’une méprise sur ce qui est.L’illusion est cause d’erreur car l’on peut se persuader soi meme qu’une représentation est juste. En ce qui me concerne je m’aperçois qu’a l’heure actuelle il est très difficile de dire la vérité…dire la vérité c’est s’exposer..masquer la verité par omission c’est se proteger…eviter de montrer ses faiblesses…preserver son intimité…faire tout pour que la relation devienne magique..on peut parler de véracité, qualité morale principe de l’ethique…Meme si je relativise en toute circonstance, je remarque que le monde est rempli de personnes médisantes et jalouses…on peut prendre un exemple tout bete…belle voiture belle situation professionnelle..eh hop on attise le regard envieux…Dans le bdsm, selon moi c’est similaire…on le remarque dans les réseaux sociaux les sites virtuels, bavardage ordinaire et manque de vérité, pièges par plaisir dans des cas de personnes en mal d’existence….dans ce cas je dirais que la manipulation et l’agressivité manque de politesse car une retenue de la parole dans ce qui touche à l’intimité d’autrui à valeur morale… je pense que cela doit prendre en compte le respect et la précaution à l’égard de la personne et de sa fragilité et ca c’est un probleme de jugement et de conscience..Pour en conclure sur mon avis et ma vision de cet article pour le bdsm je prendrais un exemple…si un enseignant repete à un eleve qu’il est nul il va le croire et adopter une conduite en conséquence, par des erreurs, ne plus rien faire, parce qu’il est cloué au mur dans une définition comme incapable…ou par le mensonge….

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