L’évolution par le changement, par la transformation dans le BDSM ou dans les cordes

Note 1 : Dans le présent document, les termes employés pour désigner des personnes sont pris au sens générique, ils ont à la fois la valeur d’un féminin et d’un masculin.

Note 2 : Dans cet article, je vais essayer de vous parler de l’évolution par le changement, par la transformation dans le BDSM ou dans les cordes selon mon point de vue.

Peut-on évoluer dans notre BDSM, dans nos cordes ? Peut-on changer ? Peut-on se transformer ? Si oui comment faire ? Existe-t-il une méthode, une démarche, un moyen ?

Les modèles de soi

Confronté à un système complexe, nous nous en faisons une représentation simplifiée, ce qui nous permet de réaliser des prédictions : un modèle. Notre architecture cognitive abrite de très nombreux modèles qui nous aident à prédire, entre autres, l’évolution de la vague sur laquelle vous vous apprêtez à surfer en lisant mon article, ou alors le comportement, l’attitude de tel Dominant ou de telle soumise sur facebook, la scène d’impacts ou la corde que votre dominant s’apprête à vous faire, la réaction que va avoir votre soumise… Nous modélisons aussi bien les phénomènes physiques que psychologiques, et le plus souvent de manière implicite et sans avoir jamais réfléchi à la raison pour laquelle nous croyons à ces modèles.

Boris Cyrulnik appellent ces modèles des “modèles internes opératoires”, ils n’ont d’ailleurs pas besoin d’une bonne valeur prédictives, ni même d’un semblant de réalisme, pour que nous nous y attachions. Pourtant, nous tenons à ces modèles même quand ils sont grossièrement faux.

Il suffit de lire sur facebook, ou sur un autre réseau social pour se rendre compte que certains modèles qu’on peut lire, si l’on raisonne, si l’on cherche la logique dans les propos, on se rend vite compte qu’ils sont faux, c’est pourtant énorme, mais nombreux sont les personnes qui suivent ces propos, qui les valident et en plus qu’ils redonnent de l’énergie aux personnes qui les écrivent. Ces  faux modèles grossiers sont acceptés par bon nombre de personnes, parce qu’ils donnent le sentiment, une impression de contrôle, et ils aident à prendre des décisions. Ces modèles valident aussi ce que l’on pense, ce que l’on fait, ce que l’on dit, même si quelque part nous avons une petite “lumière” qui s’allume dans notre cerveau, ces faux modèles grossiers vont nous permettre d’appuyer sur notre “interrupteur” cérébral afin d’éteindre cette “lumière”.

Quant aux autres modèles, ils donnent une impression de contrôle, et ils nous aident à prendre nos décisions aussi.

Étant nous-mêmes des systèmes complexes, nous nous appréhendons aussi par le biais d’un modèle, qui se trouve être l’image que nous nous faisons de nous-même, avec tout ce qui lui est associé. On a le sentiment de se retrouver dans ce modèle alors qu’en fait, on se voit seulement dans ce modèle. Car c’est ce modèle qui nous permet d’avoir confiance en nous, cette confiance que si souvent nous recherchons, si souvent nous courons après, celui qui nous permet de faire nos choix.

Lorsque dans une scène d’impacts, en tant que Dominant, vous vous posez la question si vous vous arrêtez là, ou pour la soumise, vais-je dire le “safeword” ? Cela dépendra de votre modèle, de vous-même, de la confiance que vous avez dans votre capacité à continuer sans aller jusqu’à l’accident. Un problème, et souvent l’accident vient de ce problème, est qu’il ne faut pas se confondre avec le modèle que l’on a de soi-même. C’est une erreur qui est souvent commise dans le BDSM, ou dans les cordes, on ne se voit pas tel que l’on est, mais selon notre modèle, selon notre masque de référence.

Car un modèle erroné, ils le sont tous à un certain degré, peut avoir un effet très néfaste sur nos actions, sur nos perceptions. Nos performances sont souvent influencées négativement par la représentation de nos capacités et donc par nos modèles de nous-mêmes.

Une confiance en soi excessive nous amènera à un manque de vigilance, d’attention, de concentration. Cette confiance excessive donne le sentiment d’être bon, de maîtriser à la perfection, ce qui ne sera pas une bonne représentation de la réalité, elle nous conduira vers l’accident.

Une faible confiance en soi, ne permettra pas d’aller vers la performance, ne permettra pas une évolution convenable et cohérente. La faible confiance en soi va “piper” le modèle que l’on a de soi. Elle ne permettra pas d’avoir une parfaite connexion avec sa soumise, son Dominant, son encordeur ou son encordée. Il n’y aura pas une lecture réelle de la corde ou de la scène, l’observation active sera faussée par cette faible confiance en soi ou en l’autre. L’avantage étant que si l’on reste dans le consensuel, le risque d’accident sera très très faible, tout comme l’évolution dans la relation sera limitée.

Comment éviter de rester prisonnier du modèle que l’on a de soi ?

Une solution serait d’accepter l’idée que tout ce que nous pensons de nous-mêmes et de nos capacités, n’est justement qu’un modèle, qui était peut valable à une époque, mais pas forcément maintenant, et que ce modèle ne sera pas du tout valable dans le futur. Ce modèle que l’on a de soi, il faut le faire évoluer.

Il faut passer d’un “fixed mindset” (“je suis comme je suis point ; je suis intelligent ou je ne le suis pas ; je suis bon ou je ne le suis pas”) à un “growth mindset” (“je suis peut-être mauvais aujourd’hui, mais je serai peut-être bon demain. Cela dépend de  moi”) voir les travaux de la chercheuse Carol Dweck, de l’université de Stanford.

Il ne faut pas oublier que le niveau atteint est essentiellement déterminé par le nombre d’heures consacrées à la pratique, beaucoup plus que par le talent constaté au départ.

Pour qu’il y ait un changement, une transformation, il faut accepter qu’il existe plusieurs  modèles de soi à différents moments, et c’est la trajectoire qui mène d’un modèle à un autre qui permet justement ce changement, cette transformation. De plus, la perception de la difficulté change : elle devient un défi qui peut être relevé et une étape nécessaire pour progresser, pour changer, plutôt qu’un mur infranchissable et démotivant.

L’évolution dans les pratiques, dans les cordes, dans les performances dépend de votre modèle, avez-vous une conception fixiste (“fixed mindset”) (vous êtes doué ou non) ou une conception évolutive (“growth mindset”) (celui  qui travaille évolue, se transforme et s’améliore). ?

Les personnes qui ont une conception évolutive (“growth mindset”) considèrent le travail comme une valeur centrale, et le fait d’apprendre, de comprendre, de réfléchir, d’échanger, de partager, de se remettre en question comme plus important que de chercher à montrer que l’on est le meilleur. Confrontés à des erreurs, le réflexe des personnes qui ont une perception évolutive (“growth mindset”) est de se dire  : “Je vais travailler encore plus”.

En revanche, les personnes ayant une conception fixiste (“fixed mindset”) considèrent que le talent fait tout et que le travail est moins important. Lorsqu’ils font des erreurs, ils tendent facilement à déclarer : “Ce n’est pas de ma faute… Je vais moins travailler”.

Conclusion

Le fait de se focaliser sur l’apprentissage, la compréhension, la réflexion, l’effort, la persévérance et la remise en question, nous porte dans une logique de changement, de transformation  graduelle.

Les personnes dans un modèle évolutif “growth mindset” auront davantage le réflexe de solliciter, d’accepter les remarques d’autrui. On remarque, on observe aisément que les “players” sont davantage sur une modèle évolutif “growth mindset” et que les “gamers” eux, sont davantage sur un modèle fixiste (“fixed mindset”).

Les “gamers sont plus attirés par les personnes talentueuses, alors que les “players”, eux seront attirés par les personnes travailleuses.

La clé de la confiance en soi semble donc être une prise de distance par rapport au modèle  que l’on se fait de nous-mêmes. Prenons donc garde à ne pas nous mettre dans des cases et acceptons de nous laisser surprendre, par nous-mêmes !


Source : Jean-Philippe Lachaux,  Directeur de recherche à l’Inserm, au Centre  de recherche en neurosciences de Lyon.

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3 commentaires sur « L’évolution par le changement, par la transformation dans le BDSM ou dans les cordes »

  • La pratique est importante mais la pratique ouverte. Je me souviens d’une discussion où l’on disait que parfois on sait que l’on peut aller plus loin vers une chose plus forte et l’on recherche à revenir à celle-ci sans se rendre compte que l’on passe à côté de tellement de découvertes car on reste bloqué… Cette discussion a beaucoup travailler dans ma tête et je me rends compte qu’il faut profiter de chaque instant, chaque séance comme une nouvelle comme la chance de vivre quelque chose, autre chose, personne ne le sait d’avance… Mais de ce faire une idée à l’avance de la séance à plus de chance d’être ressentie comme un échec que comme un plaisir…
    Vivons, profitons, apprenons et laissons les choses venir et quelque soit la finalité de la séance celle-ci nous apportera toujours de belles choses.

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