Les huit mutations du BDSMiste ou de l’encordiste hypermoderne dans sa pratique (1er partie)

Note 1 : Dans le présent document, les termes employés pour désigner des personnes sont pris au sens générique, ils ont à la fois la valeur d’un féminin et d’un masculin.

Note 2 : Dans cet article, je vais essayer de vous parler des huits mutations du BDSMiste dans sa pratique, et comment nous en sommes arrivés à un BDSM 2.0, à des gamers selon mon point de vue.

Note 3 : Cet article fait suite à l’article : Le BDSM hypermoderne : la construction identitaire dans la troisième modernité a fait le BDSM 2.0 et le gamer

Il devient difficile aussi de parler du gamer, du BDSM 2.0 sans prendre en compte les huit mutations du BDSMiste ou de l’encordiste hypermoderne : le rapport à soi, à son corps, aux autres, aux choses, au temps, à l’espace, aux valeurs et idées, au salut et à la transcendance.

Le rapport à soi

Dans le rapport à soi, l’important aujourd’hui, c’est l’authenticité – “être pleinement soi et vraiment soi” – qui se décline selon deux modalités singulières. Tout d’abord, le recours à l’émotion devient le registre légitime de validation et de reconnaissance de soi en public. Ensuite, l’autorité du vécu, sous la forme de l’expérience personnelle ou du témoignage, est de plus en plus mobilisée. Ainsi, sur l’internet BDSM, dans les soirées BDSM, les gamers dans leur BDSM 2.0 se mettent en scène, dans une sorte de “commedia dell’arte” en témoignant selon le registre émotionnel. Ces témoignages peuvent s’analyser comme une “immense accumulation de spectacles”, pour reprendre Guy Debord (1967), dès qu’il s’agit d’intervenir en public, d’exposer une idée, une conviction, bref, de manifester un engagement. Les “religions séculières”, l’ère des “méta-récits” s’achevant sur un échec, nous sommes à l’ère de l’autobiographie, l’ère de l’auto-récit.

Le rapport à son corps

L’individu subit une mutation profonde depuis la seconde Guerre mondiale. Jusque dans les années 1930, notre corps était asservi à la maladie, à la douleur, à la maternité. Aujourd’hui, suite à tous les progrès et recherches réalisées, non seulement le médecin parvient à guérir son patient dans de nombreux cas, mais le retour à “la bonne santé” devient un droit exigé par le malade. Le personnel soignant, jusque-là tenu à une obligation de moyens, se voit en quelque sorte imposer une obligation de résultats. Pour la personne dominante dans le BDSM 2.0, l’épée de Damoclès n’est désormais pas tant l’accident de la personne soumise que le procès qu’elle est possible de lui intenter. 

Avec cette entrée dans le BDSM en tant que personne soumise ou esclave, cela devient facile de déléguer les responsabilités relatives au corps et à l’esprit à la personne dominante. La personne dominante devenant de plus en plus responsable de l’état physique et mental de sa personne soumise. La personne dominante devient aussi responsable de la qualité de vie, des comportements, des attitudes voire même du comportement sexuel de sa personne soumise.

La “gameuse” se libère des asservissements d’autrefois, d’une servitude ancestrale mais en même temps elle entre dans un autre type d’asservissement et de servitude qu’elle a choisi, et dont la personne dominante en sera asservie. Ce que je nomme un BDSM 2.0.

Le rapport aux autres

Auparavant, ce rapport était communautaire et idéologique. Des visions du monde distinctes étaient portées par des groupes identifiables. Aujourd’hui, le rapport aux autres est devenu prioritairement individualiste et pragmatique. Quand je dis “individualiste”, il n’y a pas de jugement de valeur. À cet égard, on peut souligner que l’individualisme est encore plus accentué en France que dans d’autres pays d’Europe, si l’on en croit la publicité d’une limonade américaine, qui pour se faire acheter en Allemagne, a pris pour slogan « Partage-la ! », en Grande-Bretagne, « Expérimente-la ! » et en France… « N’écoute que toi ! ». Ce rapport aux autres vient donc bouleverser les modalités de l’engagement dans une société aujourd’hui devenue, pour reprendre le titre d’un ouvrage célèbre du sociologue David Riesman, La foule solitaire (Riesman, 1964).

Le rapport aux choses

Avec les trois révolutions industrielles, l’homme occidental était jusque dans les années 1960 d’abord un producteur. Par la suite, le statut de consommateur s’impose ; l’individu prend rapidement l’habitude de fréquenter régulièrement les nombreux hypermarchés : le premier d’entre eux n’ouvre ses portes en France qu’en 1963 (Carrefour). Ce qui importe n’est plus tant de produire, mais de consommer pour exister socialement et faire tourner la machine économique, croissance oblige. Les gamers dans leur BDSM ne cherche pas à produire du BDSM (produire en terme d’évolution du BDSM), il cherche à consommer du BDSM afin de trouver une reconnaissance et une existence sociale Or, consommer le monde revient à avoir un rapport utilitariste aux choses.  Dans le BDSM 2.0, cet utilitarisme se définit par l’objetisation, la personne soumise ou la personne dominante n’étant que des objets afin que le gamer puisse assouvir sa quête de reconnaissance, d’existence et/ou de plaisir. L’utilitarisme est une doctrine, une philosophie représentée notamment par le philosophe anglais Jérémy Bentham (1748-1832) qui repose sur l’idée que le but de la société doit être le plus grand bonheur pour le plus grand nombre – conçu comme la somme des plaisirs de chacun. Sur le plan moral, l’utilitarisme considère que la valeur morale d’une action est déterminée uniquement par sa contribution à l’utilité générale. Premièrement, cette conception morale est conséquentialiste, c’est-à-dire qu’elle évalue une action (ou une règle) uniquement en fonction de ses conséquences, ce qui la distingue notamment de nombreuses morales de type déontologique (comme le kantisme) pour lesquelles la morale doit être évaluée indépendamment de ses conséquences. Deuxièmement, la doctrine de l’utilitarisme est maximaliste : le fait de maximiser le bien-être est un objectif fondamental. Dès lors, l’individu hypermoderne entretient un rapport aux choses selon qu’elles présentent ou non un intérêt économique – qu’il s’agit d’accroître. Pour ce faire, l’individu devient consommateur d’institutions et de services à la carte selon l’agrégation de ses satisfactions. L’individu consomme si le produit le satisfait ; il zappe, l’use et le jette quand le produit se révèle moins satisfaisant, ce que je j’appelle un BDSM “préservatif”, le BDSM 1.0 est devenu un BDSM “préservatif” : un BDSM 2.0. Or l’utilitarisme, l’intérêt instrumental et stratégique, ne sont que les autres noms de l’intérêt pour soi comme le montre le sociologue Alain Caillé (2009, p. 19).Dans les soirées BDSM, on peut remarquer que les BDSMistes (surtout les gamers) ont un rapport utilitariste avec la soirée, son organisation et les individus qu’ils cotoient, ils “objetisent” autrui.

Suite dans un prochain article qui parlera des huits mutations du BDSMiste dans sa pratique (2ème partie), et comment nous en sommes arrivés à un BDSM 2.0, à des gamers

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2 commentaires sur « Les huit mutations du BDSMiste ou de l’encordiste hypermoderne dans sa pratique (1er partie) »

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