Le satori

Note 1 : Dans le présent document, les termes employés pour désigner des personnes sont pris au sens générique, ils ont à la fois la valeur d’un féminin et d’un masculin.

Note 2 : Dans cet article, je vais essayer de vous parler du satori dans le BDSM ou dans les cordes selon mon point de vue.

Dans sa dimension néotique, on peut dire que le BDSM a pour but d’amener la personne dominante, la personne soumise et la relation vers le satori.

Selon wikipédia : La néotique (du grec ancien Noos signifiant connaissance) est l’étude du comportement d’un animal face à tout ce qui est nouveau. Elle s’intéresse à l’ensemble des réponses comportementales qu’un animal peut manifester à l’égard du nouveau.

Néotique se dit d’une réponse ou d’une conduite suscitée par la nouveauté du ou des stimulus ou de la situation. L’exploration d’un milieu inconnu, l’immobilisation en situation nouvelle anxiogène sont des conduites néotiques.

Le mot satori en japonais veut dire “compréhension”. Car ce que vit la personne soumise se situe au delà de la vérité, au delà d’une compréhension rationnelle. Cela se situe même bien au-delà des critères judéo-chrétiens, des critères occidentaux, bien au-delà d’un vocabulaire occidental. Chercher une logique dans ce que vit la personne soumise, c’est chercher des clés la nuit sous un lampadaire, et non là où elles ont été perdues, car c’est chercher là où l’on peut voir, or cela se situe au-delà de notre vision, de notre vocabulaire, de notre culture, de notre compréhension occidentale.

Dans les Quatre Nobles Vérités du bouddhisme on retrouve des principes, qui sont :

1) l’existence est douleur ;
2) la cause de la douleur est la soif ou le désir ;
3) la cessation de la douleur est le nirvana (c’est-à-dire l’extinction du Moi) (nirvana en sanscrit veut dire “extinction” ) ;
4) les moyens par lesquels on réalise le nirvana

Ces principes amènent la personne soumise, comme la personne dominante vers un éveil (Bouddha en sanscrit veut dire “éveillé” ), la raison pour laquelle je parle des Quatre Nobles Vérités du bouddhisme. On retrouve des principes dans ces Quatre Nobles Vérités, cet éveil est une recherche de compréhension qui mène vers une sagesse. Voilà pourquoi je parle de satori.

Je reprendrai pour la sagesse, la définition de Paichang Huaihuai (725 – 814) (Hyakujo Ekai) : La sagesse, c’est que votre tranquillité d’esprit ne soit pas dérangée lorsque vous accordez une pensée à cette tranquillité, que votre pureté ne soit en rien troublée lorsque vous concevez une pensée de pureté et que, pris entre deux contraires tels que le bien et le mal, vous soyez capable de faire la distinction entre eux sans qu’ils déteignent sur vous, parvenant ainsi à un état de bien-être parfait dans lequel vous êtes libre de toute dépendance.

Dans cette recherche de compréhension, il faut savoir qu’il n’y a rien de permanent, aucune vérité. la réalité qu’elle soit de nature physique ou psychologique n’est pas permanente. Toutes les scènes sont dans un perpétuel changement. Pour atteindre cette compréhension (satori) il faut faire l’effort de se libérer de la soif du désir. Chercher le plaisir de son Maître pour la personne soumise l’aidera à se libérer de la soif du désir. Chercher l’évolution de la relation libérera la personne dominante de sa soif du désir. Par la pratique de rituels élaborés (les codes), la personne dominante et la personne soumise se détacheront de notre culture, de notre société, de la réalité cartésienne.

La concentration amène l’apaisement de l’esprit, tant bien est que nous ne sommes plus touchés par les phénomènes environnants.

Pour atteindre l’éveil, le satori, il y a deux écoles qui dominent dans l’éducation BDSM, ces écoles pourrait s’emprunter des écoles du zen (zen veut dire en sanscrit “méditation” ) : le Rinzai et le Soto. Le Rinzai utilise la technique du koan (ko signifiant “gouvernement” et an signifiant : “loi, règle”, donc c’est un principe, une loi originelle), une sorte d’énoncé ou ensemble d’énoncés en apparence paradoxale, voire absurde, que l’adepte doit méditer alors que le Soto insiste davantage sur le zazen (za signifiant “s’asseoir” et zen signifiant “méditation”), c’est-à-dire  la méditation sans effort  en position assise.

L’éducation BDSM sous la forme Soto

L’éducation dans le BDSM se fait surtout dans la pratique, se fait surtout de Maître à soum. il consiste à éprouver l’évolution de la personne soumise et à la guider dans sa marche vers l’éveil : le satori. Cette transmission éducative se fait en dehors des mots et des écritures, indépendant à l’égard des mots et des lettres, dans la recherche de son essence, de sa nature profonde pour atteindre l’éveil parfait : ce que je nomme par satori qui veut dire “compréhension”.

Chercher à atteindre le satori , c’est donner du sens à sa vie, à son existence, c’est prendre conscience de la réalité de son Moi et de notre environnement.

L’éveil, le satori métamorphose en profondeur l’être et les individus, sa pensée, ses actions, redonner une plénitude de sens que notre société actuelle nous a fait perdre, en nous amenant sur une voie dans laquelle on ne s’y retrouve plus. Mais pour se faire la personne soumise comme la personne dominante va devoir passer par un des plus grands cataclysmes qu’ils aient connus, ce n’est pas du tout anodin, ce n’est pas du tout évident, facile, une sorte de baptême du feu, ils vont traverser une tempête, un tremblement de terre, un renversement de montagne, un éclatement des pierres qui font leur être. Certaines personnes n’y arriveront pas, en chemin bien des personnes dominantes ou soumises abandonneront.

Le satori est à la fois une expérience, une nouvelle manière de se voir soi-même, un changement radical de vie, mode de pensée. Ce changement va plus loin qu’une expérience, c’est un art de vivre, une philosophie de vie. le satori pourrait se définir comme le dit Suzuki  comme une saisie intuitive de la nature des choses par opposition à la compréhension analytique qu’on peut en avoir. Cela signifie vivre quelque chose jusqu’alors non perçu dans la confusion d’un esprit formé de manière dualisme, contradictoire, concurrentiel et compétitive.

La personne dominante et la personne soumise doivent former l’alpha et l’oméga de la relation BDSM au sein du couple.

Dans l’avatamsaka Sutra, il est écrit : “La vérité de la réalisation de soi [et la Réalité elle-même] ne sont ni une ni deux. À cause du pouvoir de cette réalisation de soi, [la Réalité] a la capacité universelle de profiter  aux autres aussi bien qu’à soi-même; elle est absolument impartiale, sans aucune idée de ceci ou de cela, comme la terre d’où croissent toutes choses. La Réalité elle-même n’a ni forme  ni non-forme; comme l’espace, elle est au-delà du savoir et de l’entendement (understanding) ; elle est trop subtile pour être exprimée par des mots et des lettres”. Cela explique parfaitement tout le mal souvent, qu’une personne vivant le satori dans son BDSM, a d’exprimer ce qu’elle vit.

L’éducation BDSM sous la forme Rinzai

Pour mettre cette transcendance du satori dans le BDSM, certains vont utiliser les exercices du koan (même si souvent, ils n’ont pas conscience d’être dans ce type d’exercices). Ce mot-ci est la forme japonaise du chinois kung-an et signifie “un document public établissant une mesure de jugement”, donc c’est un principe, une loi originelle. La personne dominante peut ainsi éprouver à quel degré est correcte, où niveau est la compréhension  de son BDSM par la personne soumise, d’où la naissance des niveau de soumission, des postures de la personne soumise, etc. L’usage du koan est une caractéristique essentielle de l’École Rinzai dont Suzuki était un adepte. (L’École Soto ne pratique pas cette discipline, préférant attendre l’éveil par la méditation en position assise.)

Au début de sa relation, lorsque l’éducation commence, la personne soumise souvent reçoit de sa personne dominante un “koan” relativement facile à résoudre, à faire et à mesure qu’elle progresse, elle sera être appelée à résoudre des “koan” de plus en plus  difficiles.

La pratique du “koan” a pour but raffinement de l’intellect et de l’affect. L’intellect se développe grâce à sa réflexion sur la signification réelle du “koan alors que l’affectivité se  développe surtout grâce à la frustration, à l’attente qui devrait être consacrée à la méditation  du “koan” (bien que très peu hélas de personne dominante utilise l’attente et la frustration dans ce but-là).

L’intellectualisation ne sert aucunement à triturer logiquement le “koan”, d’en dégager le  sens rationnel, d’arriver à une conclusion logique à la suite d’un examen des prémisses. Agir ainsi devrait être réprouvé par la personne dominante. C’est bien davantage dans l’intuition qu’il faut puiser la solution. Tout se passe donc comme si l’intelligence  avait le pouvoir, par un sens intuitif particulier, de pénétrer au cœur de la réalité.

Normalement le “koan” s’adresse à l’intellect afin que celui-ci parvienne à se transcender, à se nier. En somme, l’intellect a pour but de travailler de telle façon à pouvoir se dépasser, se  transcender. Ceci n’est rien d’autre qu’une négation dialectique, au sens hégélien du  terme, de l’intellect par lui-même. Mais ceci n’est possible que si le travail de l’intellect réussit à remuer d’autres régions de l’être et de la conscience de l’individu qui conduiront graduellement à l’explosion finale du satori.

Avons-nous affaire à une religion, à une philosophie, à un art, à une sagesse ?  Je pense que c’est un tout. Cela dépendra de la perception qu’on aura du BDSM en général, par contre il faut être en mode Player. Les gamers ne se poseront pas du tout ces réflexions là. C’est une réflexion qui poussent les individus dans leur Moi profond, qui les guident dans une approche totalement différente, dans une approche en parallèle avec le développement de notre culture, l’évolution de notre monde occidental. Cette connaissance est suspendu à la connaissance, à la compréhension du satori, une forme d’intelligence intuitive.

Conclusion

Nos traditions nous poussent, insistent sur la connaissance rationnelle vraie comme but de la recherche philosophique même si elle a été marquée par diverses conceptions rivales allant de l’empirisme le plus sensualiste jusqu’au rationalisme métaphysique le plus abstrait. Avec ce mode de BDSM, je vous invite à modifier votre conception du rôle de la connaissance rationnelle.

Les intuitions peuvent être multiples et variables mais elles trouvent leur achèvement dans l’illumination finale qu’est le satori, la compréhension radicale et dernière de soi et de la réalité, qui ne peut être donnée que dans une expérience ineffable se situant entièrement en dehors du domaine de la raison et de la parole, et faut-il ajouter, en dehors du domaine des  sens. Cela échappe par le fait même aux possibilités de vérification empirique ou rationnelle.

Connaître différemment, c’est être différemment. Atteindre la compréhension du satori, c’est vivre autrement.

Le satori délivre une expérience où la réalité de l’objet se confond avec celle du sujet. En d’autres termes, le sujet a conscience d’être cette réalité, de ne point s’en distinguer, réalité qui, d’ailleurs, est saisie comme fondement de toutes choses. Dans le BDSM ou dans les cordes, nous gagnons à nous emparer de cette approche pour se renouveler eu égard aux questions relatives à la nature de la connaissance, de la raison, de la vérité et de la réalité. Si la pensée philosophique se nourrit au contact des multiples modes de l’expérience, elle ne pourrait que tirer profit d’une prise au sérieux de cette expérience. C’est ainsi, en aiguillant, en amenant, en guidant la personne soumise sur la voie du satori que je peux expliquer ce que beaucoup expriment par ce mot “hypnotisme”, ce qu’ils me voient faire dans mon BDSM ou dans mes cordes lors de mes scènes.

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