De déesse à D/s, du fantasme à la réalité
Je vous partage un texte rédigé par ma soumise allotei.
Vivre la D/s en 24/7 est loin d’être une sinécure ou c’est une sinécure de loin.
Vivre ma soumission au quotidien c’est me rappeler ô combien :
- je peux être toute petite au regard de la montagne qu’est la vie et des attendus de ma soumission.
- je suis faible et fébrile face aux innombrables tentations de facilités que me propose la vie.
- je suis faillible et que s’engouffrer dans les méandres de mes défauts est possiblement ce qu’il y a de plus simple dans d’apparences faussement compliquées.
C’est aussi me rappeler que j’ai un chemin constant à façonner et que mon sale caractère prédomine sur énormément de moments de ma vie.
Vivre le BDSM dans la vie réelle et tous les jours, c’est être confronté au fait que 500 000 fois j’ai la flemme, que 10 fois j’ai levé les yeux au ciel, que 40 fois j’ai dit non avant de m’exécuter pourtant dans la seconde suivante, juste par esprit de contradiction.
C’est également prendre conscience qu’Il reste mon Maître à chaque seconde mais que parfois je voudrais l’effacer deux minutes de mon esprit pour ne penser qu’à moi et râler face à la terre entière.
C’est aussi mille fois vouloir autre chose mais répondre à Ses envies parce que je sais qu’Il a raison ou parce que « c’est ainsi » que ça doit l’être.
C’est trouver mille excuses à mes sautes d’humeur alors que la seule excuse est cette forme d’incapacité à gérer mon hypersensibilité émotionnelle.
Mais c’est aussi vivre des moments extraordinaires, développer une complicité où les pensées s’entrecroisent et où les bouches se font écho.
C’est rire pour des stupidités mais en être pourtant hilare.
C’est savoir que quoi qu’Il décide, cela sera bien.
Dans cet imbroglio de vie épanouissante, source de bonheur, cela reste bien difficile de reprendre les rênes de ses vieux démons quand on les a relâchés un moment pour mille bonnes raisons de la vie.
Que c’est dur de reprendre le contrôle sur soi pour ne laisser entrevoir que la lumière et étouffer les ombres.
Vivre la D/s en 24/7 c’est assurément me renvoyer à mon seul caractère d’humaine.
C’est terriblement difficile de regarder ses défauts en face, même en les connaissant pertinemment et ne pourtant pas être toujours en mesure de les changer facilement.
Vivre la D/s en 24/7 m’a permis de gagner en humilité, car même si le piédestal de Notre relation est haut, grand et beau, il n’en reste pas moins que c’est bien d’en bas que je tombe le moins.
Il est inutile de me leurrer, car si je vois Ses défauts, Lui voit les miens au quotidien.
Et comment reprendre le contrôle alors ?
J’entends déjà de bonnes âmes pensant la dominance charitable : « C’est à ton Maître de te contrôler, c’est à Lui de resserrer la laisse« .
Mais, mais, mais … dirais-je. (Car dans une autre vie, je devais être une chèvre …)
Est-ce à Lui de prendre ma soumission ou à moi de la Lui offrir pleinement ? N’est-ce pas là toute la subtilité du plein consentement ?
Je pense sincèrement que tout ce travail m’incombe et qu’Il pourra mettre tout le cadre et l’autoritarisme du monde, si je vais à l’encontre de ces derniers, ce choix m’appartiendra.
Me soumettre, c’est me faire violence. C’est également aller contre moi-même dans toutes ces facettes que j’exècre moi-même et que je ne dois nullement Lui imposer / « offrir » au quotidien.
Si je disais il y a quelques années que la soumission était un véritable travail sur soi, je n’avais pas mesuré la nécessaire endurance et surtout, l’ampleur.
En effet, au début c’est facile, et la beauté du BDSM, toutes les découvertes, les nouveautés nous engagent dans un changement radical, évident, clair.
Puis, revient la vie, ce qu’elle est vraiment, belle et compliquée à la fois, reviennent aussi la routine et les aléas et tous ces défauts faciles à masquer au départ (non pas par faux-semblant mais parce que la lutte n’est pas aussi conséquente qu’avec le temps), qui deviennent petit à petit légion dans Notre quotidien.
Alors oui, la soumission est un travail sur soi mais surtout une lutte perpétuelle pour garder le cap.
Beaucoup de relations d’abord vanille peuvent switcher le temps d’une soirée, d’une envie, d’un week-end.
Mais Nous, Nous ne switchons jamais. Nous ne passons jamais d’un état noir, à un état bleu.
Il est le D, je suis Sa s et Nous n’avons jamais de cesse de Nous adapter à Notre environnement, tantôt familial, professionnel, tantôt à moitié BDSM, tantôt 100% BDSM.
Nous gardons toujours Notre couleur, ce ne sont que ses nuances qui changent.
Cette adaptation et ce « portage » selon le cours d’Ô de la vie, impliquent les mêmes aléas que la vie normale, mais agrémentés de l’insatisfaction perpétuelle de ne pas être aussi “parfaite” que je souhaiterais l’être pour Lui.
Heureusement, il y a encore ces moments où quand Il raconte Nos aventures, je mesure l’immensité vécue et je redescends à Ses pieds.
Quand j’écoute Nos musiques, je vibre de ce Nous qu’elles racontent et qui est si fort.
Et quand je me retrouve à Ses pieds, dans un cadre 100% BDSM, alors c’est le retour de l’oxygène. Une sorte de retour à la normale, où le monde s’adapte à Nous et non l’inverse. Où la liberté, Notre liberté d’être, règne en Maître et où Nous sommes vraiment bien.
En somme, vivre de la D/s en 24/7 c’est perdre toute image d’une déesse dans la soumission mais redescendre à la vraie place où je me trouve : soumise, humaine et faillible.
N’en déplaise aux conteurs.