Le Edge Play et l’appétence traumatophilique

La définition du Edge Play varie d’un individu à l’autre, chaque personne a son interprétation de ce qu’est vraiment le Edge Play.

Edge Play est une activité qui pousse les limites de la sécurité et de la santé mentale. La raison pour laquelle le Edge Play est si difficile à définir est dû au fait que tout le monde a des limites différentes, et donc des vues différentes de ce qui est sûr ou sain. Il faut comprendre qu’il existe en fait deux types de jeux Edge Play : le Edge Play personnel et le Edge Play général.

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  • Le Edge Play personnel est une activité qui pousse les limites personnelles. Cela peut être beaucoup de choses. Une personne qui a une phobie, et que sa personne dominante lui la fait vivre est un Edge Play. Si une personne est claustrophobe, le/la mettre dans une cage serait considéré comme un Edge Play. Le Edge Play personnel est différent pour tout le monde, mais ce type de jeu peut être dramatique à la fois mentalement et physiquement.

  • Le deuxième type de Edge Play est ce que la plupart des gens désignent comme Edge Play. Il s’agit d’une activité qui, d’un commun accord, doit être considérée comme poussant les limites de sécurité et de santé mentale. Normalement, les gens pensent à des activités telles que les jeux sanguins (Blood Play), les jeux de non-oxygénation (respiratoires) (Breath Play), les jeux d’armes à feu (Gun Play), les jeux de feu (Fire Play), les jeux d’aiguilles (Needle Play) et les jeux de lames ou couteaux (Knife Play).

Dans le monde vanille, presque tout ce qui est fait en terme de BDSM, est considéré comme dangereux, fou, inconscient, … alors, comment définir ce qui est dangereux et insensés dans le monde BDSM ? Ce qui dangereux est une activité non sécurisée, non maîtriser. Dangereux prend racine sur danger. elle doit causer un danger ou un risque, ou être responsable de blesser ou de nuire. Avec cette définition, tout le monde serait d’accord avec ce que disent les personnes vanilles, presque tout ce qui est fait dans le BDSM correspond à cette définition. Cependant, comment décrire précisément le danger ? La dangerosité se définit comme une activité qui manque de maîtrise ou non maîtriser. La personne dominante n’ayant pas connaissance, n’ayant pas compris ou ayant ignorer tous les problèmes de sécurité ou tous les effets possibles. Une activité est considérée comme dangereuse si elle entraîner des dommages physiques permanents, des traumatismes mentaux excessifs ou des dommages inutiles à un individu.

  • Les jeux de non-oxygénation (respiratoires) (Breath Play) sont considérés comme dangereux du fait que la personne soumise peut se retrouver avec des lésions cérébrales permanentes.

  • Les jeux sanguins (Blood Play) sont considérés comme dangereux pour plusieurs raisons, un individu peut mourir de la perte de sang, mais aussi en tenant compte de la liste des agents pathogènes liés au sang qui peuvent aussi être mortels, comme le VIH / SIDA et l’hépatite. Une autre raison pour laquelle les jeux sanguins sont considérés comme dangereux est due aux risques élevés d’infections. Si quelqu’un est diabétique ou hémophile, cela peut être mortel.

  • Les jeux de feu (Fire Play) sont normalement considérés comme dangereux en raison du risque de brûlures graves et de cicatrices permanentes. Il ne faut qu’une seconde ou deux pour qu’un feu se propage et cause de graves dégâts.

  • Les jeux d’armes à feu (Gun Play) sont considérés comme dangereux pour la raison évidente, ils peuvent s’avérer mortel. On ne peut jamais être trop sûr en ce qui concerne les armes à feu, même si l’on est sûr que l’arme est déchargée. Les armes à feu ne sont pas des jouets et doivent être laissées de côté.

  • Les jeux d’aiguille (Needle Play) sont normalement considérés comme dangereux car non seulement on court le risque d’infection ainsi que de nombreuses maladies, mais l’on peut également causer des dommages sérieux à quelqu’un si l’on ne sait pas exactement ou piquer. Percer une vaine ou une artère est une possibilité très réelle. Risque nerveux, voire générer des dégâts internes.

  • Les jeux de couteaux (Knife Play) sont considérés comme dangereux pour les mêmes raisons que les jeux de sang (Blood Play) et les jeux d’aiguille (Needle Play). Lorsqu’un couteau est utilisé dans une séance, il est possible accidentellement de couper quelqu’un sévèrement et de réaliser une fois fait ce qui vient de se passer.

Tous ces jeux ont des raisons logiques d’être considérés comme Edge Play.

Est-ce que quelque chose peut être considérée comme insensée si l’on est conscient des risques, et des conséquences ou effets possibles ? demandez un parachutiste, ou peut-être un astronaute, même un policier ou un pompier. Chaque activité a un certain niveau de risque, ce n’est que lorsque l’on ignore les risques ou que l’on ne pense pas logiquement tous les dangers possibles que l’action peut être considérée comme ordalique répondant à une appétence traumatophilique. Si l’on entre dans une activité en étant informé et éduqué des risques, l’activité ne doit pas être considérée comme ordalique répondant à une appétence traumatophilique, mais elle doit être considérée comme dangereuse, d’où un Edge Play.

Edge Play est un type extrêmement fascinant de BDSM, il nous défie mentalement, physiquement et émotionnellement. Dans une séance, notre esprit court, l’adrénaline et les émotions vont dans tous les sens … la peur, la douleur, l’amour, la confiance et l’anticipation inondent nos esprits et surmontent notre existence même. L’Edge Play amène à un niveau d’expérience qu’il n’est pas possible d’atteindre autrement. Le niveau de confiance qu’il faut avoir dans la relation et en l’autre est extrême. Cette activité peut aussi détruire ce que l’on a passé des années à construire et détruire aussi une personne, le restant de sa vie. Ne pas s’engager dans l’Edge Play, sauf si l’on est sûr que l’expérience en vaut le risque et que l’on maîtrise parfaitement ce que l’on fait.

L’appétence traumatophilique

Lors de la construction des identifications professionnelles et de l’accession à une position professionnelle, ainsi qu’à l’occasion de l’exercice de ces professions et des contacts qu’elles entraînent, on se trouve en présence d’un mouvement de recherche du traumatisme. Cette recherche vise à soutenir les identifications professionnelles (dans le soin et le travail social) ; au travers des répétitions dont ces pratiques sont le lieu, elles génèrent une véritable « traumatophilie ». Nous devons à Jean Guillaumin d’avoir proposé le concept d’ « appétence traumatophilique ou traumatotropique ». Ce mouvement, s’il est manifeste chez les adolescents, existe aussi pour tout humain. C’est autour de la recherche de l’excitation et de la recherche des limites de l’excitation que viennent se nouer ces dynamiques.

«Je fais l’hypothèse (…) que les particularités et les difficultés que présentent l’abord et le traitement psychanalytique des adolescents et de certains post-adolescents renvoient à l’existence – au moins chez ces patients et peut-être de manière générale chez tous les êtres humains – d’une sorte d’appétence ou besoin traumatophilique, ou traumatotropique, impliquant une recherche des limites de l’excitation.» (J. Guillaumin 1985).

Une telle idée appliquée à l’adolescence était déjà énoncée par Peter Blos (1962). Cet auteur posait alors l’exigence du concept de traumatisme pour pouvoir penser les identifications adolescentes. Le traumatisme est pour Peter Blos ce «principe opérationnel, ce concept dynamique qui gouverne le processus de consolidation propre à l’adolescence tardive et l’englobe sous toutes ses formes .».

L’appétence traumatophilique nous permet de corréler le fait que c’est dans des temps de trouble ou de remodelage des identifications, comme c’est le cas pour les sujets arrivant dans le monde BDSM, et comme c’est aussi le cas lors de la mise en place d’identifications de posture comme Dominant(e), maître(sse), soumis(e) ou esclave (dans lesquelles se joue également une accession à l’adultité par le « pouvoir »), que le traumatisme va être utilisé par le «Je», et mis au service de son devenir identificatoire. Le traumatisme signe une imaginaire séparation, en ce qu’il convoque le franchissement d’un interdit, que celui-ci soit explicite (parce qu’en référence à des lois sociales), ou implicite (parce que relatif à des normes sociales, ou familiale).

«Inhérent aux instincts de vie, ce besoin (de traumatismes) serait générateur de déplacements impérieux des désirs d’objets (qui dépendent de son appui) et de mutations plus ou moins urgentes dans leurs modalités et finalités à certains moments de la vie, dont l’adolescence fournirait l’exemple le plus observable et le plus courant. Il s’exprimerait par la recherche active de situation de rupture dans l’équilibre pulsionnel, pouvant ou non correspondre à la perte volontaire ou à la destruction douloureuse et systématique de certaines relations, pour des raisons en quelque manière vitales, orientées par l’accomplissement des tâches majeures de la vie, dont la première est de devenir soi.» (J. Guillaumin 1985), On pourrait ajouter aujourd’hui l’adulescence dans la citation de J. Guillaumin.

Au travers du choix de posture, et avec son entrée sur la scène réelle, le «Je» rejoue quelques aspects des assignations dont il a été l’objet ; il tente de s’assigner lui-même dans une nouvelle place, en écart, ou en collage avec les assignations et les identifications antérieures.

L’anesthésie qui résulte de nombre de rencontres traumatiques (dont celles qui se développent à l’occasion de la construction des identifications de posture) s’apparente à une «recherche active de situation de rupture dans l’équilibre pulsionnel». J. Guillaumin souligne comment «l’aspect pathogène du traumatisme, improprement défini et presque toujours envisagé, sous l’angle de son pouvoir désorganisateur ou déformant (…)» a longtemps été surestimé, au détriment de cet autre aspect du traumatisme en tant qu’il est pourvoyeur d’identité nouvelle, et participe des processus d’appropriation (du «devenir soi» selon les termes de J. Guillaumin), de ce mouvement de différenciation, de séparation d’une modalité relationnelle qui caractérise une position psychique et simultanément une position au sein du système « familial » d’appartenance.

L’arrivée sur la scène réelle, peut prendre, pour nombre de sujets, valeur d’un véritable passage hors de la dépendance sociétale – Il est banal de souligner les évolutions sociales actuelles où l’assistanat est de plus en présent, ce qui ne manque pas de pérenniser la dépendance. Le débouché sur la scène réelle marque ainsi la venue à une certaine autonomie (via l’obéissance à une personne dominante), souvent vécue par les sujets eux-mêmes comme une sortie hors de l’utérus sociétal, et hors de la dépendance environnementale et de son lot d’emprises. En ce sens les processus qui ont cours lors de l’entrée sur la scène réelle se trouvent en lien direct avec différentes tentatives, qui ont signé les revendications adolescentes ou adulescentes. L’arrivée sur cette scène rejoue, dans la réalité de l’acte des «effets de choc ou de violence spontanément utilisées à des fins personnalisantes, par l’appareil psychique.» (J. Guillaumin).

Ordalie

Un comportement ordalique désigne les actions hautement risquées pratiquées par un individu qui aime jouer avec la mort afin de se sentir vivant. Dans le domaine psychologique, ce type de comportement est qualifié d’appétence traumatophilique. Les conduites à risque ou la pratique de sports extrêmes en font d’ailleurs partie. La recherche perpétuelle de sensations fortes, d’une vie intense et bien remplie définit un comportement ordalique. Ainsi, l’ordalisme s’oppose à une attitude ascétique, monacale ou économe.

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2 commentaires sur « Le Edge Play et l’appétence traumatophilique »

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