L’implication des neurotransmetteurs dans le BDSM et dans les cordes

Neurotransmetteurs : comment ils nous affectent en pratiquant Kinbaku (bondage de corde japonais) ou tout autre type de BDSM d’ailleurs.

Quels sont les rapports entre la dopamine, l’endorphine, l’ocytocine et l’adrénaline ?

Comment pouvons-nous adapter notre technique pour mieux utiliser les mécanismes biochimiques du corps pour gérer la douleur, récompenser et créer la confiance.

Neurotransmetteurs :

Les neurotransmetteurs sont des substances chimiques endogènes qui transmettent les signaux d’un neurone à une cellule cible à travers une synapse (source :Wikipedia). Les produits chimiques endogènes désignent les produits chimiques produits par le corps pour lui-même. Une synapse permet l’inter-connexion entre les neurones (cerveau) et la colonne vertébrale. C’est donc le cerveau qui dit au corps ce qu’il doit faire. La plupart des neurotransmetteurs ont des effets multiples sur le corps et ils se renforcent ou s’annulent mutuellement.

Oxytocine :

Cette substance fut nommée ocytocine d’après le mot grec õkytokíne, qui signifie «naître rapidement» ou «accouchement rapide». Pendant des décennies, elle fut donc associée à l’accouchement, mais aussi à l’allaitement car elle stimule aussi les glandes mammaires, une propriété qui fut découverte par d’autres chercheurs quelques années plus tard.

L’ocytocine contribue d’abord à l’éjection du sperme chez l’homme et aux contractions qui favorisent la progression des spermatozoïdes dans les voies génitales féminines.

La sécrétion d’ocytocine augmente substantiellement durant la grossesse, favorisant l’absorption des nutriments, réduisant le stress et conservant l’énergie en améliorant le sommeil.

Juste avant de sortir, quand le bébé atteint la partie basse du vagin, des récepteurs à l’étirement informent le cerveau de relâcher une quantité maximale d’ocytocine. Dans les minutes qui suivent la naissance, si les conditions d’intimité et de sécurité sont réunies, la mère aura ainsi dans son organisme un taux jamais égalé d’ocytocine qui va favoriser un attachement fort et immédiat avec l’enfant.

Au cours des premières semaines après l’accouchement, la production soutenue d’ocytocine va favoriser l’attachement mère-enfant. Il s’agit ici d’effets centraux de l’ocytocine, c’est-à-dire de modification dans les circuits mêmes du cerveau.

La recherche sur l’ocytocine a peu à peu révélé que ce peptide pouvait avoir des effets à d’autres niveaux sur les individus en dehors de son rôle dans la grossesse, l’accouchement et l’allaitement. C’est ainsi qu’on a découvert que deux autres types de lien bénéficient également des services de l’ocytocine : le lien qui se crée entre deux individus dans une relation amoureuse et, plus largement, le lien social qui nous unit à nos proches.

L’ocytocine est appelée amoureuse. Cela nous amène à nous sentir en sécurité et aimés, et cela nous amène aussi à vouloir aimer, protéger et prendre soin des autres – les materner. L’ocytocine est également libérée lorsqu’on se sent en sécurité et aimé. Il agit comme un cercle positivement ascendant, car la libération d’ocytocine provoque la libération d’ocytocine. Nous nous branchons facilement sur le niveau d’ocytocine des gens autour de nous, ce qui nous rend plus aimants envers eux. L’ocytocine est annulée par le stress et la testostérone. L’ocytocine peut rester dans le corps pendant plusieurs jours.

Adrénaline

L’épinéphrine est son nom médical et s’appelle l’hormone de combat ou de fuite. Cela nous amène à nous préparer à une menace. Il nous rend super vigilants, tolérants à la douleur et augmente notre fréquence cardiaque et notre apport en oxygène, nous rendant plus forts et plus endurants. L’adrénaline est libérée par le stress lorsqu’on se sent menacé ou agressif. L’adrénaline ne dure que 10-30 minutes.

L’adrénaline et la noradrénaline, également connues comme les hormones « de la fuite ou de la lutte » , sont sécrétées par des neurones noradrénergiques et par la partie médullaire des glandes surrénales. En présence d’un danger ou de la nécessité d’agir, elles préparent à l’effort musculaire de concert avec le système nerveux sympathique.

C’est pourquoi ces hormones, au début du travail de l’accouchement, inhibent la production d’ocytocine, comme si un danger dans l’environnement nécessitait le report temporaire de la naissance et l’allocation des ressources sanguines aux muscles pour fuir ou lutter. Mais quand la naissance est imminente, on assiste à une soudaine augmentation de l’adrénaline et de la noradrénaline qui active le réflexe d’éjection du bébé. Cela procure à la mère un soudain regain d’énergie accompagné de fortes contractions et d’une excitation qui se traduit différemment selon les personnes (bouche sèche, besoin d’agripper, état d’alerte, de peur, de joie, etc.)

Endorphines

Durant le travail de l’accouchement, les niveaux d’endorphine atteignent, chez la femme, ceux des athlètes durant un entraînement à pleine capacité, transformant ainsi la douleur en un état de conscience altéré (subspace) caractéristique des naissances naturelles. Si la douleur ou le stress est très élevé, les hauts taux d’endorphines inhibent l’ocytocine, ralentissant le travail en attente d’un moment plus propice pour l’accouchement.

Les peptides opioïdes endogènes sont son nom médical et peuvent être décrits comme «Morphine Endogène» ou morphine créée par le corps. Il agit comme un tueur de douleur. Cela nous fait nous sentir bien, ou même fantastique, et très tolérant à la douleur. C’est aussi très addictif et donc nous rend très obéissants. Les endorphines sont annulées par l’adrénaline, car il est impossible de passer l’instinct de survie en situation de combat ou de vol. Les endorphines peuvent rester dans le corps plusieurs jours.

Dopamine

La dopamine n’est pas un messager chimique (ou neurotransmetteur) très commun dans le cerveau. Les neurones qui en produisent ne représentent guère plus de 0,3 % des cellules du cerveau. Ces neurones jouent néanmoins un rôle essentiel dans plusieurs de nos comportements.

Or on sait que toutes les drogues qui créent une dépendance élèvent artificiellement la quantité de dopamine dans les circuits de la récompense. Il semble donc que la libération de dopamine informe l’organisme de la présence possible d’une récompense dans un environnement donné. D’où les efforts entrepris pour se procurer cette récompense. Et l’effet de renforcement au fil des prises.

La dopamine est apparue très tôt au cours de l’évolution et participe à de nombreuses fonctions essentielles à la survie de l’organisme comme la motricité, l’attention, la motivation, l’apprentissage et la mémorisation. Mais surtout, la dopamine est un élément clé dans le repérage de récompenses naturelles pour l’organisme. Ces stimuli naturels comme l’eau ou la nourriture provoquent des comportements d’approche d’un individu. La dopamine participe aussi à la mémorisation (inconsciente) des indices associés à ces récompenses.

La dopamine est l’un des neurotransmetteurs les plus complexes. C’est lié à la récompense, essentiellement à toute sorte de récompense, comme l’accomplissement sexuel, le succès au travail, l’escalade d’une montagne et ainsi de suite. La dopamine nous fait nous sentir bien, même mieux que les endorphines, et cela nous donne envie de répéter tout ce qui a causé la libération de dopamine. Il est également très addictif et peut rester dans le corps pendant plusieurs jours.

Comment cela est-il lié aux cordes ?

D’un point de vue biochimique, dans une séance de corde, on peut utiliser l’ocytocine pour déclencher les endorphines au lieu de l’adrénaline et être récompensé par la dopamine. Une autre façon de le dire est qu’il sera plus facile pour le modèle de gérer la tension sur leur corps lorsqu’il est affecté par les endorphines. En fait, beaucoup de modèles que je connais sont des toxicomanes endorphiniques, ou masochistes.

Connexion → Ocytocine.

Semenawa → Endorphines.

Futo-momo Suspension → Adrénaline et endorphines (cela dépendra du temps que l’encordé(e) peut supporter).

Gaming → Dopamine d’être une star. Adrénaline et endorphines des cordes.

Carrefour de l’endorphine ou de l’adrénaline

Lors d’une suspension, lorsque le corps commence à être suspendu, la pression sur le corps va augmenter fortement. Le corps réagira et la production des neurotransmetteurs va commencer pour soutenir la pression. Le corps se trouve donc à la croisée des endorphines et de l’adrénaline. Soit le corps peut prendre le chemin de la fuite ou du combat, soit le chemin de la soumission et de l’obéissance, et il est déterminé si le corps se sent en sécurité. On dit souvent à l’encordé(e) de se mettre dans les cordes, c’est à dire de ne pas prendre le chemin de la fuite ou du combat. La situation est-elle une menace ou juste une douleur qui doit être traitée? ceci est fortement influencé par l’ocytocine. Ainsi, en augmentant l’ocytocine, le corps sera plus susceptible de prendre le chemin de l’endorphine.

Le chemin de l’adrénaline n’est pas nécessairement mauvais, car beaucoup de gens aiment la poussée d’adrénaline et les endorphines seront toujours là après que l’adrénaline soit brûlée en 10-30 minutes. Mais il est plus facile d’accepter la douleur en évitant l’adrénaline.

Modèles de libération d’endorphines

Le corps est toujours préparé avec un petit stockage d’endorphines, qui peut être utilisé en cas de douleur. Lorsque cela est nécessaire, tout le stockage est libéré, le corps commencera à re-remplir le stockage d’endorphines et ne cessera que lorsque le petit stockage sera complètement réapprovisionné. Ce processus prend généralement 10-15 minutes. Donc, d’un point de vue purement endorphines, il n’y a pas de raison d’administrer plus de douleur directement après une libération.

Voici un modèle non scientifique pour décrire les niveaux d’endorphine :

  • Niveau 1 : Tolérance légèrement supérieure à la douleur, pas de comportement d’impact ou de communication. Légèrement sensation euphorique ;

  • Niveau 2 : Tolérance à la douleur beaucoup plus élevée, comportement obéissant, pas de communication active mais qui réagit toujours. Sensation euphorique ;

  • Niveau 3 : Arrête de réagir à la douleur, complètement obéissant, pas de communication. Sensation très euphorique ;

  • Niveau 4 : Comme le niveau 3 sauf de fortes réactions à toute sensation. Tremblements au toucher ;

  • Niveau 5 : Lutte pour la survie, répondra par la violence, pas de communication.

Il faut généralement plusieurs (deux ou trois) libérations d’endorphines pour se déplacer entre différents niveaux dans le modèle. Passer du niveau 1 au niveau 3 peut prendre entre 40 (4×10) et 90 (6×15) minutes, mais le processus reste très individuel.

Dans les cordes, une personne de niveau 2 sera capable de supporter beaucoup plus de pression sur son corps et y trouvera plus d’euphorie qu’une personne sans libération d’endorphines. Donc, faire un takate-kote en cinq minutes et ensuite suspendre l’encordé(e) laissera le corps mal préparé à la douleur. Même si faire un takate-kote implique une sorte de douleur et que l’endorphine sera libérée dans les cinq minutes, il ne sera pas assez proche pour atteindre le niveau 2. Au lieu de cela, il est probable que la douleur se traduira par une poussée d’adrénaline. Le corps va encore faire face à la douleur mais sans l’euphorie.

D’un point de vue purement théorique, il serait bien de passer au moins 20-30 minutes avant de suspendre (ou avant de mettre une pression importante sur le corps) et de préparer l’encordé(e) en administrant de la douleur pendant cette période.

Les dangers des endorphines

Première zone de danger : l’interprétation de la douleur

Le cerveau interprète la douleur sur la base de son expérience antérieure réelle ou imaginaire. Par exemple, une personne qui n’a jamais été suspendue et qui a vu beaucoup de suspensions qui semblaient douloureuses, son cerveau interprétera probablement la douleur plus sévèrement qu’une personne qui a elle-même ressenti la suspension. Dans le yoga ashtanga, il y a habituellement une distinction entre la douleur inconfortable et la douleur dangereuse, où la douleur inconfortable est seulement le corps s’adaptant à une nouvelle position, et la douleur dangereuse est quelque chose qui endommage réellement le corps. Quoi qu’il en soit, être élevé sur les endorphines va d’abord amortir (niveau 1-2) et progressivement va retirer complètement la fonction de la douleur (niveau 3 et plus).

Deuxième zone de danger : la communication

Déjà au niveau 2, la personne cessera de communiquer, cela signifie que même si la personne ressent la douleur d’un nerf pincé ou d’un garrot, elle ne dira rien à moins qu’on le lui demande directement. Par conséquent, il est encore plus important de vérifier avec l’encordé(e) dans les niveaux élevés de ce modèle. Cela s’amplifie avec l’obéissance, car la personne aura moins tendance à se plaindre, ou même à donner un safeword. Ne pas oublier que les endorphines sont recherchées dans les cordes.

Garder les endorphines

Souvent on voit lors d’une jam ou dans un atelier, des encordeurs(es) parler rationnellement à l’encordé(e) de la corde qu’ils viennent de faire. Les endorphines ne permettront pas aux encordé(es) de répondre rationnellement, donc mieux vaut garder l’encordé(e) à proximité et de laisser une corde ou sa main posée sur lui/elle, il faut garder la connexion le temps que les endorphines cessent leurs effets.

Récompensé par la dopamine

Alors que les endorphines ont un impact énorme sur une séance de BDSM ou de cordes, il y a la dopamine qui a une influence encore plus grande sur nos vies en général. La dopamine est une récompense quand nous réussissons. Dans une séance de cordes ou d’impacts, la dopamine apprendra au cerveau à encourager le même comportement à nouveau. Le succès nous enseigne comment réussir. Le cerveau est généralement paresseux, car il est génétiquement programmé pour désencourager de faire de nouvelles choses et pour encourager à suivre un modèle ancien. Il y a un seuil qui contrôle notre initiative et notre hésitation, et il dépend fortement du niveau de dopamine. Plus il y aura de la dopamine, et plus nous sommes susceptibles d’agir sur une impulsion, une idée ou une suggestion.

La dopamine restera dans le corps pendant des jours, rendant la vie agréable. Comme dans l’enseignement tantrique, les mâles sont découragés d’éjaculer pendant les rapports sexuels, pour garder leur «énergie» élevée. Cela peut aussi s’expliquer par la dopamine, car le sexe libère beaucoup de dopamine et pour gérer un excès de dopamine, le cerveau libère un autre neurotransmetteur appelé Prolactine. Cela provoque le corps à se détendre, éjaculer et s’endormir. Les femelles travaillent plus ou moins la même chose. Donc, obtenir une récompense de dopamine dans les cordes peut être comparable à avoir des rapports sexuels sans éjaculation, et vous rendra heureux pour les jours à venir.

Les dangers de la dopamine

La prise de risque est le principal danger de la dopamine, car elle affectera votre seuil d’action sur les impulsions. La dopamine inhibe votre conscience du risque. Pour un encordeur, Top, Dom, Maître, une libération de dopamine non maîtrisée (Domspace) peut l’amener à prendre trop de risque, et c’est là ou l’incident, l’accident pourra se produire. Pour celui/celle qui maîtrise, cela pourra être utilisée pour repousser les limites. Une non-maîtrise constitue un réel danger.

Un autre risque indirect de dopamine est la libération de prolactine à l’orgasme, car la prolactine va non seulement contrecarrer la dopamine mais aussi les endorphines. Cela réduira radicalement la tolérance à la douleur acquise au niveau 2 et plus tard du modèle de libération d’endorphine. Donc, passer d’une personne suspendue à un orgasme suspendu dans un futo-momo n’est peut-être pas ce qu’il y a de mieux à faire, car l’encordé(e) peut avoir besoin de redescendre très rapidement.

Conclusion

Utiliser l’ocytocine pour prendre le chemin des endorphines (plutôt que l’adrénaline) et être récompensé(e) par la dopamine. Pour ce faire, il faut lier plus lentement et en introduisant plus de douleur. Il faut gardez la dopamine plus longtemps en faisant des cordes au lieu de faire du sexe, ou de faire éjaculer.

Il faut toujours garder à l’esprit l’impact de la dopamine et de l’endorphine sur le corps.

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