Le PonyPlay

Il y a 20 ans, sur le minitel rose, des gays s’échangeaient des adresses pour des plans un peu spéciaux. En dehors des rencontres classiques, il y avait les « attelages ». Il s’agissait de passer un week-end à la campagne, dans le parc privé d’un généreux mécène, où les invités – jeunes, de préférence – étaient transformés en chevaux : harnachés, cochés, fouettés toute la sainte journée, et pour leur plus grand plaisir.

Qu’est-ce que le pony play ?

Résumé de Paris Match :

« Le pony play est un jeu de domination entre un dresseur et un dressé, harnaché et costumé avec crinière et sabots, qui apprend à se comporter comme un cheval. Ainsi résumée, cette pratique pourrait n’être qu’une bizarrerie de plus dans l’univers varié des jeux de rôles érotiques. Mais le documentaire extraordinaire que France 4 diffuse mardi soir montre tout à fait autre chose. Son jeune réalisateur, Jérôme Clément-Wilz, a suivi le parcours initiatique de Karen, transgenre d’une cinquantaine d’années aux faux airs d’Iggy Pop. Karen, personnalité profonde et émouvante, se rend en Floride pour y retrouver Foxy, dresseur bourru, chasseur et taxidermiste à ses heures perdues. Jérôme Clément-Wilz ne filme pas un banal jeu érotique mais une véritable expérience chamanique transcendée par des images et une musique sublimes. »

Le personnage central du reportage émet l’idée qu’il pourrait se faire adjoindre des « sabots » afin de devenir vraiment un animal. Ce qui permettrait de faire l’économie d’un néocortex, cette partie du cerveau qui génère la conscience de soi, et donc la souffrance morale, surtout pour les êtres marginaux, ou très différents des autres. Le plaisir d’être un animal s’explique, et pas seulement pour des raisons d’effacement de soi, du moi : il peut s’agir d’un retour au cerveau du mammifère, qui ne se juge pas et qui n’est pas jugé par ses pairs.

 

 

Le cerveau limbique, celui des affects et de la mémoire, ne produit pas cette morale qui peut limiter ou empêcher l’action gratifiante. Par exemple, le vol n’existe pas chez les animaux, c’est le plus malin ou le plus agressif qui se sert, point. Chez les hommes, le vol existe aussi, mais il est théoriquement puni. Et même si la sexualité obéit à des lois drastiques chez les animaux, chez les humains, on ne peut pas s’accoupler avec tout le monde, sinon ce serait la partouze généralisée. Il y a un apprentissage social de la retenue.

Ainsi, les produits psychotropes qui « libèrent » l’individu comme le Gamma-OH, expérimenté par les hippies dans les années 60, le coupent en réalité de son « troisième » cerveau, pour laisser libre cours à une certaine animalité, l’instinct étant par définition beaucoup plus débridé. De la sorte, la sexualité – quelle qu’elle soit – peut s’exprimer sans interdit social ( « c’est pas bien » ), ou blocage moral ( « j’ai peur »  ou  « j’ai honte » ).

Après cette petite immersion cérébrale, en élargissant le tableau, on est en droit de se demander si ce désir du retour à l’animal ne serait pas un refuge en des temps où la conscience spécifiquement humaine est soumise à de rudes épreuves. Car la pensée est un poids, une source de souffrances, et la conscience une obligation : celle de voir et, éventuellement, d’intervenir. En redevenant « bête » , on s’exonère de ces charges humaines que sont la compassion, la solidarité, l’amour.

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La marche des fiertés canines.

Ci-dessous, le reportage réalisé par Jérôme Clément-Wilz et produit par Vice France. Vice France produit de nombreux documentaires et émissions pour France 4. Le réalisateur a été interrogé par Paris Match.

Karen dit qu’elle laisse quelque chose d’elle même dans ces sessions, qu’elle en sort vidée. Est-ce une expérience aussi positive que cela ?
On peut comparer cette pratique aux sports extrêmes. Un alpiniste va subir le froid, la fatigue, la douleur et même mettre sa vie en jeu. Mais il le fait parce qu’il est poussé par quelque chose de plus fort et qu’il refuse le monde des gens normaux, des « assis » comme dit Rimbaud. On n’est donc pas dans le positif ou le négatif. On est dans une expérience qui casse toutes les limites, celles entre l’homme et la femme, entre l’humain et l’animal, entre la normalité et la folie. Il y a quelque chose de flippant mais aussi de très beau et très fort.

[…]

On sent toutefois une faille chez Karen qui dit « je ne me suis jamais senti aimée »…
C’est son histoire. Je ne voulais pas creuser les motifs psychologiques de cette pratique. Ce serait aussi ridicule que de chercher les causes psy de l’homosexualité. Je voulais seulement décrire cette expérience sensorielle. Mais, bien sûr, toute pratique humaine provient d’une quête de reconnaissance et cet abandon mutuel dans le pony play comble cette demande.

Être cheval (partie 1)

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Être cheval (partie 2)

À découvrir sur France 4, «Être cheval» un documentaire sur le pony-play

If horses were people – Tierklinik Lüsche GmbH

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3 commentaires sur « Le PonyPlay »

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