La jalousie dans le BDSM

Quoi de plus insupportable, et de plus banal, que de se croire trompé(e), remplacé(e), oublié(e), nié(e) ? En plus, c’est un sentiment inavouable. Sans doute parce qu’il cache des frustrations inavouées. La jalousie, porte ouverte sur l’inconscient ?

la jalousie est un sentiment aussi répandu que complexe et trompeur : elle cache souvent des frustrations, des désirs inavoués. Elle nous vient de très loin, du fond de notre enfance. Parfois, la jalousie se cache elle-même, au point d’être méconnaissable. En effet, de tous les sentiments humains, c’est sans doute celui qu’on (se) dissimule le plus. Parce qu’elle est mal jugée, on en a honte et on ose à peine s’interroger sur son fonctionnement. Pourtant, elle a beaucoup à nous apprendre.

L’amour BDSM peut-il exister sans la jalousie? Lorsque nous choisissons d’accorder à quelqu’un une place prépondérante dans la satisfaction de nos besoins affectifs (et BDSM) les plus importants, nous disons que nous aimons “BDSMement” cette personne. Or cette place de choix correspond à une dépendance qui conduit facilement à la jalousie. On peut donc dire que l’amour BDSM et la jalousie sont des expériences indissociables.

Mais la jalousie n’est pas un problème en soi. Elle n’est que l’indice de la présence d’un problème; elle naît avec l’insatisfaction et l’insécurité. On éprouve de la jalousie lorsqu’on n’est plus satisfait auprès de la personne qu’on a choisi de privilégier et plus particulièrement lorsqu’on craint de perdre cette source de satisfactions importantes.

La jalousie peut donner lieu à des comportements destructeurs qui sabotent les fondements de la relation. Mais elle peut aussi servir de déclencheur pour nous amener à régler les problèmes personnels et conjugaux qui en sont la vraie source. C’est à nous de choisir entre la jalousie-émotion et l’existence jalouse.

D’où vient la jalousie ?

D’après les psychanalystes, on n’aurait jamais été jaloux qu’une seule fois, dans sa toute petite enfance. Une jalousie si terrible qu’elle nous a marqués à vie. Lorsqu’on est jaloux, on ne ferait jamais que revivre cette douleur-là, celle du tout petit enfant qui ne supporte pas de voir sa mère se détourner de lui. Tout d’un coup, son monde s’écroule : il se sent abandonné, trahi.

Pour Lacan, cette souffrance, nécessaire car elle permet de sortir de la fusion avec la mère, intervient à la fin de la période du sevrage, déjà difficile en soi, et au moment où l’enfant s’apprête à vivre un traumatisme important : réaliser qu’il n’est plus tout seul, qu’il existe un autre (par exemple, à l’arrivée d’un nouvel enfant dans la famille). Tout dépend donc de la manière dont cette première blessure aura été vécue. Que certains avalent les couleuvres plus difficilement que d’autres, et les voilà marqués au fer rouge du manque. Aucun amour BDSM ne sera jamais assez grand. Aucun être ne sera jamais assez fiable.

Le sentiment de jalousie est très lié à la possession, plus qu’à l’amour. La peur de perdre celui/celle que l’on aime, peur qu’on vienne prendre celui/celle qui, aujourd’hui, m’apparaît comme un bien très précieux et je deviens possessif.

La jalousie est la manifestation de la possessivité. Or, on ne possède que des biens matériels. La jalousie est donc en quelque sorte réduire l’autre à un bien qui m’appartient, que je possède. Cela s’accompagne de la peur de perdre et d’un sentiment d’envie. J’envie celui ou celle qui veut me prendre l’être aimé. Ce potentiel « prédateur » me paraît être « bien mieux que moi ».

Peur, envie, manque de confiance en soi, créent le sentiment d’être en danger. On croit que notre amour est menacé, et toute personne qui s’approche d’un peu trop près de l’être aimé devient un rival en puissance.

L’émotion de jalousie amoureuse est une expérience précieuse. L’envie qu’elle contient nous informe sur nos besoins en souffrance. La part de colère qui en fait également partie constitue une porte d’entrée sur nos problèmes personnels par rapport à ces besoins ainsi que sur nos résistances à ceux-ci.

Comme toutes les émotions, la jalousie n’est donc ni mauvaise ni bonne en soi, même si c’est une émotion souffrante. Sa mission spécifique consiste à révéler à la fois un besoin frustré et les obstacles intrapsychiques à leur satisfaction. Un contact adéquat avec cette émotion ne conduit pas aux gestes destructeurs qu’on associe à tort à l’agressivité qui fait partie de la jalousie. Au contraire, il permet de régler le problème qui suscite cette émotion.

Mais la jalousie n’est pas toujours vécue et exprimée de cette façon et elle n’a pas toujours un effet positif sur la relation. Quand l’existence d’un couple est empreinte de jalousie, c’est à la détérioration de la relation qu’il faut plutôt s’attendre.

Peut-on être jaloux parce qu’on se sent soi-même infidèle ?

C’est un phénomène assez courant. Le désir équivaut au passage à l’acte. Cette jalousie porte un nom : il s’agit de la fameuse « jalousie de projection » que Freud a définie dans son ouvrage Névrose, psychose et perversion, Puf, 1992.

Les soumises sont-elles plus jalouses que les soumis ?

Non, mais elles le montrent davantage. A la différence des soumis, les soumises sont curieuses de leur rivale. Elles veulent tout savoir d’elle : la couleur de ses cheveux, son tour de taille, ses goûts… Les soumis sont davantage dans le déni, et c’est typiquement masculin : les soumis restent longtemps indifférents puis, face à la réalité d’une tromperie, ils s’écroulent. Alors qu’une soumise est jalouse d’emblée, même s’il ne se passe rien.

Peut-on ne pas être jaloux ?

Freud a été le premier à le dire : « La jalousie est, comme le deuil, un affect normal. Si elle fait défaut, c’est qu’elle a été l’objet d’un puissant refoulement. Elle joue alors dans l’inconscient un rôle d’autant plus grand. » Souvent les individus peuvent donner l’impression de ne pas être jaloux, Ce qui cache malheureusement une terrible jalousie. S’ils refoulent sa jalousie, ne serait-ce pas parce qu’ils savent inconsciemment qu’ils auraient moins la force que d’autres de la supporter ? Toujours est-il qu’ils ne savent pas la vaincre, ils la transforment en haine froide.

La jalousie est destructive

La jalousie est très destructrice. Celui qui est jaloux rend la vie impossible à l’autre. Il le ou la soupçonne sans arrêt de tout, il le surveille, il peut même aller jusqu’à fouiller dans ses affaires. Il faut bien comprendre que le jaloux est très malheureux. Il est en proie à une véritable torture.

Mais même si on admet qu’il est malheureux, cela ne justifie en rien les actes que commet le jaloux et les crises de jalousie. En effet celui qui subit la jalousie vit aussi un enfer. Il peut avoir le sentiment d’être totalement privé de sa liberté. Ses gestes sont épiés, tout est mal interprété, et peut donner lieu à une scène. Quelquefois celui qui est jaloux peut même devenir violent. On connaît tous des exemples de crimes passionnels dus à une jalousie maladive.

L’existence jalouse est une toute autre chose que la jalousie en tant qu’émotion. Je désigne par cette expression l’ensemble des attitudes et des comportements malsains d’une personne qui éprouve une jalousie : manifestation d’agressivité à répétition, suspicions, intrusions, manipulation, harcèlement. Dans des cas extrêmes, la jalousie ainsi vécue peut même conduire à l’homicide.

Le « jaloux » est la personne qui laisse la jalousie envahir son existence et ses relations. Dans ce cas, le jaloux n’est pas le seul dont la vie est contaminée. Si l’autre membre du couple est tant soit peu complice en acceptant ses règles du jeux pathologiques, il peut être sûr de prendre lui aussi son billet pour l’enfer.

Caractéristiques de l’existence jalouse

L’existence jalouse est une sorte d’existence « morte » et sans issue à cause des deux conduites qui la caractérisent : le camouflage du vécu et le contrôle du partenaire. Dans certains cas, on retrouve ces comportements à la fois chez le jaloux et son partenaire. Ce dernier se fait plus ou moins volontairement, complice de cette existence jalouse.

On trouve :

  • de la culpabilité
  • de la dissimulation
  • du contrôle
  • du refus

Quand tombe-t-on dans le pathologique ?

Il est légitime, au cours de sa vie, de traverser un ou plusieurs conflits engendrés par la jalousie. Il faut s’alarmer de ne pas parvenir à quitter cet état de jalousie. La jalousie de ne doit pas obnubiler notre vie, il ne faut pas faire une fixation, mettre le focus sur la jalousie. Certaines personnes sont jaloux au point de ne plus penser qu’à cela, d’en perdre son travail, ses amis… Dans les cas extrêmes, la psychose hystérique ou paranoïaque n’est pas loin, menaçant l’intégrité psychique de la personne et pouvant, au pire, la conduire au meurtre ou au suicide. »

Peut-elle cacher un désir homosexuel ?

Il existe une forme de jalousie, proche de la paranoïa, que Freud a qualifié de « délirante ». Dans ce cas, celui que l’on désire, ce n’est pas le partenaire, c’est le (ou la) rival(e). Si je suis une soumise, par exemple, j’éprouve une attirance inconsciente pour la soumise de mon Maître. Et ce qui me chagrine, c’est que celle-ci aime plus mon Maître, soit plus soumise, plus maso que moi. En un mot, la jalousie délirante est l’expression d’un désir homosexuel refoulé. Chaque séance devient un enfer, elle ne peut s’empêcher d’être obsédée par l’idée qu’il ne pense pas à moi pendant la séance, mais à elle, la soumise ne cessera d’imaginer son Maître avec l’autre, de l’imaginer en train de recevoir des impacts, de se faire encorder, etc.

En quoi la jalousie diffère-t-elle de l’envie ?

Certains ne sont jaloux qu’en amour, qu’en BDSM, d’autres uniquement au travail… Mais dans le cadre professionnel, on parlera plutôt d’« envie ». La jalousie est « la crainte de perdre ce que l’on possède ». Tandis que l’envie est « la souffrance de voir quelqu’un d’autre posséder ce qu’on désire pour soi-même ». Par ailleurs, la jalousie suppose un tiers rival, tandis que l’envie implique une relation à une seule personne. Mais ces deux sentiments sont intimement liés. Le mot « jalousie » ne vient-il pas du grec ancien zelos, qui signifie « envie ».

De quel genre de rival a-t-on peur ?

Il arrive que seul un certain type de rival nous inspire de la jalousie :

  • Le rival jumeau
  • Le rival opposé

Pourquoi est-il si difficile de renoncer à la jalousie ?

Pour beaucoup, la jalousie est une preuve d’amour BDSM. Si notre partenaire en est dénué, il n’est pas rare qu’on le lui reproche. C’est à son aune que nous mesurons la force de la passion. La jalousie fait donc partie du plaisir de l’amour BDSM : elle réveille, galvanise, érotise ! C’est un aphrodisiaque. Relancer son désir sur la jalousie est d’ailleurs une pratique courante. La violence du désir est décuplée, liée à l’agressivité, à l’envie d’écraser, le rival…

Mais la jalousie n’est pas gouvernée par la seule passion. Pendant des siècles, elle a été avant tout une affaire d’honneur à régler entre hommes. Le Méditerranéen, par exemple, se doit d’être jaloux : cela relève du code social. Mais, aujourd’hui, les codes se transforment, tournant souvent le dos à l’héritage culturel.

Nous avons tous des stratégies – inconscientes – de protection. Certains se blindent au point qu’ils ne peuvent ou ne veulent plus tomber amoureux : leur refus d’aimer est un refus d’être trahi. D’autres parviennent à se convaincre qu’ils gardent toujours la place préférentielle. D’autres encore s’inventent des échappatoires assez surprenantes, certains Maître pousse leur soumise dans les bras d’un autre Dom et désire assister à la scène, ce n’est pas qu’il n’est pas jaloux, mais sa jalousie est au contraire si aiguë qu’il lui faut à tout prix y échapper. En lui appliquant des figures concrètes, il l’exorcise.

Il existe d’autres remèdes… L’écriture, par exemple, a apaisé bien des jaloux :  Ecrire, c’est tuer ! Combien de pièces de théâtre, de romans, de scénarios n’ont-ils pas été bâtis sur ce sentiment ! Mais on ne “guérit” pas de la jalousie, pas plus qu’on ne guérit de l’amour. L’analyse n’est pas une anesthésie.

Conclusion

La jalousie, lorsqu’elle devient un mode relationnel, est l’arme la plus puissante pour détruire radicalement une relation et aliéner les deux personnes qui y sont impliquées. Parce qu’elle mise essentiellement sur l’évitement d’un dialogue sincère, sur la fuite des responsabilités de chacun devant la satisfaction de ses besoins et sur une tentative de contrôle motivée avant tout par le déni de son expérience réelle, l’existence jalouse est une recette infaillible pour conduire au malheur.

Mais si on choisit de regarder vraiment les problèmes importants et les insatisfactions graves qu’elle reflète, la jalousie peut devenir la manifestation de nos forces vitales les plus profondes. Si on repousse la tentation du contrôle illusoire et si on choisit la voie de la conscience lucide, la jalousie devient l’alliée de la relation, le signal qui permet de résoudre les problèmes avant qu’il soit trop tard.

En clair, nous ne pouvons pas refuser d’être jaloux, mais nous pouvons refuser de nous laisser détruire par la jalousie.

La jalousie dans le BDSM

Quand vous vous donnez à un Top/Dom/Maitre(sse), vous dites à cette personne que vous lui appartenez et que vous lui confiez votre bien-être : physiquement, mentalement et émotionnellement. Bien que cela semble incroyablement romantique, cela peut aussi être très difficile. Cela signifie que vous devez, parfois, sacrifier vos désirs et besoins pour les désirs et les besoins de votre personne dominante.

Une bonne relation D/s est celle dans laquelle il y a beaucoup de communication. À vrai dire, une grande partie de cette communication aurait dû avoir lieu avant d’être pris dans un engagement quelconque envers la relation et, comme tout le monde le sait, il y a certaines règles qui devraient être établies à l’avance.

Certaines personnes dominantes sont heureux avec une personne soumise, il y en a d’autres qu’une seule personne soumise ne leur suffisent pas. Si la personne soumise est jalouse, là les problèmes commencent…

La jalousie, en soi, n’est pas fausse. La jalousie est une émotion naturelle. Ce qui cause le problème, c’est comment agir sur la jalousie lorsqu’elle se fait ressentir. La jalousie peut amener les gens à agir de manière très inappropriée. Pour une personne soumise, agir ainsi peut signifier la fin de la relation avec la personne dominante.

Se donner à un Top/Dom/Maitre(sse), c’est se fier à Lui/Ellee pour toujours être en sécurité et être protégé. Cela ne signifie pas être toujours d’accord avec Lui/Elle. Cela ne signifie pas que la personne soumise appréciera toujours tout. Cela signifie, qu’il y a une engagement dans la relation, que la personne soumise lui fera confiance et aura confiance dans les décisions qu’il/qu’elle prendra.

La jalousie peut sembler un signe d’amour. Mais quand quelqu’un l’utilise pour essayer de contrôler ce que vous faites, ce n’est pas de l’amour ou de la soumission – c’est du contrôle. Tout le monde a le droit de parler à qui il veut. Cela ne correspond pas non plus à la tradition d’être soumis à la jalousie pour contrôler les actions d’autrui.

Personne ne devrait intentionnellement provoquer la jalousie chez un partenaire. C’est un jeu dangereux à jouer. C’est le travail du Top/Dom/Maitre(sse) de créer une atmosphère de sécurité pour son/sa bottom/soumis(e)/esclave et ce(tte) dernier(e) ne devrait jamais provoquer la jalousie car là il/elle montrera une attitude/comportement de soumination.

La jalousie n’est pas le problème, la jalousie est le symptôme du problème.  Aborder l’insécurité ou les choses sous-jacentes aux sentiments de vulnérabilité, et s’adresser à la jalousie. Il faut faire en sorte que tout le monde se sente en sécurité, valorisé et aimé.

Une relation BDSM dépend beaucoup plus de la sécurité mutuelle et de la confiance qu’une relation vanille. Même la plus petite quantité d’insécurité dans une relation BDSM peut rapidement être amplifiée au point où elle peut être une raison pour rompre la relation.

Les problèmes s’amplifieront si la persone soumise essaye de ne pas laisser transparaître ses peurs et ses sentiments. Une des clés pour que la relation fonctionne est de parler des peurs, ouvertement et immédiatement, même si l’on pense qu’elles sont irrationnelles.  Souvent, nommer les peurs, les amener à la lumière, les prive de leur pouvoir.

Il est faux de supposer que les gens qui ne sont pas exclusifs sont immunisés contre la jalousie. Au contraire, la jalousie est un symptôme que quelque chose d’autre est faux. Souvent, la jalousie est un symptôme que quelqu’un se sent menacé ou insécurisé. Aborder le problème sous-jacent, et la jalousie disparaît.

Se poser les bonnes questions :  pourquoi  être jaloux ? La jalousie est une émotion inhabituelle, en ce sens que c’est un sentiment qui est souvent construit à partir d’autres sentiments, tels que la peur ou la colère ou l’insécurité. Qu’est-ce qui déclenche la jalousie, et plus important encore, pourquoi?  Lorsque l’on pense aux choses qui rendent jalouse, quelle est la première réaction émotionnelle qui traverse l’esprit ? La peur ? La colère ? La tristesse ? Le rejet ? La perte ? Qu’est-ce qui sous-tend ces sentiments – la peur de le/la perdre ? Peur d’être insuffisant ? La colère contre quelqu’un d’autre qui s’installe sur notre territoire ?

Si la jalousie est enracinée dans la peur, par exemple, l’étape suivante consiste à explorer  pourquoi  la peur survient et ce qu’est ce qui fait peur, et chercher tous les moyens possible pour apaiser cette peur. Affronter la jalousie de front sans aborder les choses qui se trouvent en dessous est souvent un exercice de frustration.

Une fois les sentiments identifiés sous la jalousie, la prochaine étape est de se  demander : que servent ces sentiments ? Servent-ils un intérêt légitime ? Est-ce qu’ils essaient d’avertir d’un problème réel, ou servent-ils seulement eux-mêmes ? Cela peut être très difficile, surtout avec une réponse émotionnelle comme la peur – la peur peut servir d’avertissement légitime d’un danger valable, mais la peur a aussi tendance à essayer de protéger.

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