La connexion d’un point de vue reliance, déliance, liance

Selon Riccardo Wildties : « La corde qui tourmente est faite pour les âmes qui ont cette tristesse intérieure, cette tourmente, ce besoin de se rendre sans se soucier des liens et des attaches.Il ne s’agit pas de sadisme et de masochisme, mais d’un pèlerinage, d’escalader une montagne ensemble. le voyage n’est pas la destination. Chacun doit trouver son sens. Je suis dominant, pas sadique, je lie des personnes non masochistes. J’aime les amener dans les extrêmes en leur tenant la main. Je n’aime pas un visage déformé par la douleur, ou un corps contracté par la douleur, mais j’aime un visage qui hurle à la lenteur de la souffrance progressive, un corps dans l’acceptation abandonnée de l’inévitable.  »

Une personne masochiste cherche la douleur et la douleur est assez facile à donner. La douleur est un sentiment, le SM, la Semenawa, l’aibunawa sont le rythme, les moments, la durée, les légers changements qui modifient tellement, s’accrochent, abandonnent, respirent ensemble, ne respirent pas, pleurent … il s’agit d’attentes, d’espoir et d’abandon. à la suite d’un choix qui a été fait. Un/une encordeur/encordeuse, un/une Top,Dom/Maitre(sse) n’est pas sadique mais Il/Elle est généralement considéré/e comme sadique.

Malheureusement, avec les gamers, ce n’est pas une question de corde ou de partage BDSM mais de satisfaire leur besoin.

Par définition, la torture commence lorsque le seuil de « ce qui est suffisant » est dépassé. C’est au moment où une scène de servitude ordinaire cesse que la torture commence.

Quelle confiance incroyable, un/e encordé/e ou un/e bottom/soum/esclave doit avoir pour sentir son corps dire  »c’est assez » et savoir qu’il/qu’elle ne sera pas délié/e. Il/elle doit tellement faire confiance à son/sa encordeur/se ou son/sa Top/Dom/Maitre(sse) pour se détendre et gérer cette corde ou cette scène, sa confiance doit être absolue. Le seul soulagement qu’il/qu’elle aura sera sa voix, ses yeux, ses gestes, ses attitudes…

Pour que cette corde ou scène ne devienne pas  »trop », Il/Elle doit se concentrer sur l’encordé/e ou sur le/la bottom/soum/esclave, entrer dans son corps et dans son esprit. Il/Elle doit gérer sa douleur, d’une position à l’autre, l’amener vers cette limite du  »trop » , mais pas au-dessus. Il/Elle doit lire chaque émotion, chaque respiration, chaque signe de communication non verbale pour éviter de passer dans le  »trop » .

C’est un cadeau, un don de lui/d’elle-même que l’encordé(e)e ou que le/la bottom/soum/esclave fait à l’encordeur/se ou au/à la Top/Dom/maitre(sse).

La semenawa, l’aibunawa et le SM sont l’une des formes les plus élevées de connexion, au point qu’il est impossible d’attacher, de maîtriser n’importe quelle personne, il n’est possible de faire de la semenawa, de l’aibunawa ou du SM uniquement avec des personnes que l’on maîtrise très bien et il y a quelque chose qui nous relie vraiment. Cela génère des reliances souterraines, cela tisse des liens entre l’encordée et l’encordeur.

Résultat de recherche d'images pour "reliance déliance liance"Au coeur des cordes et du BDSM, on peut placer les concepts de  »liance » , de  »déliance » et de  »reliance » , qui sont fondamentaux pour comprendre quelques problématiques cruciales des dynamiques du BDSM et/ou des cordes. Dès lors comment ne pas exprimer le BDSM et les cordes en disant : ce qui lie, ce qui délie, ce qui relie : philosophie de cordes, philosophie de BDSM ? Quel sens donner à lier, délier et relier ?

La notion de reliance, ce relatif néologisme peut intriguer, voire irriter. Sa structure sémantique est pourtant bien française, car construite sur le modèle d’  »alliance’‘ . Comme l’alliance (se lier à), la reliance (se lier à nouveau) évoque à la fois un processus, une structure et un résultat. En l’occurrence, l’acte et le produit de cet acte est de reconstruire des liens humains et sociaux détruits ou menacés par l’évolution de la société contemporaine. Toute scène BDSM ou de cordes peut être envisagée comme un travail ou une oeuvre de reliance, de développement des capacités existentielles, de reliance à soi, aux autres et au monde.

La déliance, ensuite. S’il y a ou devrait avoir reliance, c’est qu’au préalable il y a eu déliance, c’est-à-dire rupture de liens humains et sociaux fondamentaux. Il ne faut pas assimiler la déliance au Mal et la reliance au Bien. Il peut y avoir de bonnes déliances (celles qui libèrent de liens qui ligotent ou aliènent) et de mauvaises reliances (celles qui rassemblent les intégristes de tous poils un peu partout).

La liance, enfin. Que signifie ce terme peu usité ? S’il y a reliance, c’est qu’il y a eu déliance, et s’il y a eu déliance, c’est qu’auparavant devait exister quelque chose de l’ordre de la  »liance » . La reliance a été définie comme un rapport humain et social médiatisé, la liance, antérieure à la première déliance, devait consister en un rapport humain non médiatisé. Lequel, en l’occurrence ? Il en est un qui saute aux yeux : le lien physique et psychique qui unit de façon fusionnelle le foetus et la mère, cet état de bien-être éprouvé dans le ventre maternel, sans la médiation d’une quelconque structure extérieure. Cette liance, état du foetus fusionné et fusionnant avec la mère, croissance d’un être indistinct mais tendant à se distinguer, est donc bien à la fois physique et psychique : physique en fonction des lois de la biologie, psychique parce qu’elle constitue un des traits dominants de la maternité. En quelque sorte, dans la perspective des histoires de vie : la vie avant la vie. Cette  »liance » originelle va être brisée au moment de la naissance, première et brutale  »dé-liance » physique et psychique, sorte de  »dé-ception » , dialectiquement et dialogiquement liée à l’événement de la conception. Double choc éprouvé lors de la naissance : fin d’un monde et découverte d’un nouveau monde, sortie de la vie intrautérine et entrée dans la vie, adieu à la liance et expérience de la déliance.

L’on peut facilement deviner l’importance de ces notions de liance, déliance et reliance pour les récits et histoires de vie BDSM ou de cordes.

Le double traumatisme de la naissance va nourrir la nostalgie des temps révolus, les permanentes quêtes de reliance enracinées dans cette expérience de déliance et le subséquent besoin de reliance : toute la vie de la plupart des encordeur(se)s, encordé(e)s, Top, Dom, Maitres/sse, bottom, soum, esclave n’est-elle pas marquée par le puissant désir de retrouver le paradis perdu de la liance originelle, par l’utopie de l’éternel retour à cette union symbiotique, par l’insatiable recherche de cette relation privilégiée à jamais enfouie via des démarches conscientes et inconscientes, à travers le BDSM ou les cordes. Nous avons tous à gérer la tension entre deux besoins également prégnants : le besoin de devenir un être distinct (dé-lié), libéré des liens qui ligotent et le désir de fusionner à jamais (le désir de retrouver le secret de la liance perdue). Certes, tout un chacun n’est pas capable de nous conter, à l’instar de Salvador Dali, le récit de sa vie intra-utérine. Mais chacun de nous, au fin fond de son inconscient, conserve les traces de cette expérience unique, existentiellement fondamentale, de la liance initiale dans la chaleur du ventre maternel.

J’aime à être impressionné par les reliances et déliances que je peux voir au sein du BDSM. je suis sensible à la spontanéité et à l’authenticité des sentiments qui animent et donnent la force d’agir pour la réalisation des idéaux des pratiquants BDSM ou de cordes.

La déliance et la reliance ne sont pas deux notions indépendantes : elles forment un couple conceptuel indissociable, duel et dialogique :

  • Duel désigne ce qui va par deux et forme néanmoins un ensemble, deux qui forment un tout, une entité en deux parties ;

  • Dialogique : « association complexe (complémentaire, antagoniste, concurrente) d’instances nécessaires de l’existence, unité symbiotique de deux logiques qui se nourrissent l’une l’autre, se parasitent mutuellement, s’opposent et se combattent à mort.

Point de reliance sans déliance, point de déliance sans reliance. C’est parce que nous sommes dé-liés du monde vanille que nous pouvons mieux nous re-lier dans le BDSM ou dans les cordes. La relation, loin d’être binaire, est fondamentalement triangulaire entre un encordeur/encordeuse et l’encordé(e) ou entre le/la Top/Dom/maitre(sse) et le/la bottom/soum/esclave : il importe de creuser le lien profond, vital, permanent entre liance, déliance et reliance. Quelle place convient-il de réserver à la liance au cours des relations BDSM ou de cordes ?

Dans une relation BDSM ou de cordes, on peut s’éloigner de soi et se rapprocher de soi, ne pas se reconnaître et se reconnaître, se délier de soi et se relier à soi. En d’autres termes : déliance psychologique et reliance psychologique, deux notions encore et toujours contradictoires, complémentaires, duelles, dialogiques. Par nature, la reliance psychologique est fondamentalement sociale : elle dépend du regard et de la perception d’autrui, elle implique soit la création d’un lien social imaginaire (le fait de parler à soi), soit un lien social réel (parler de soi à autrui, se raconter, faire le récit d’une scène).

J’aimerai mettre en exergue les sentiments ambivalents éprouvés par ceux qui s’adonnent à la pratique des récits d’une scène. Nous entendons souvent parlé des ambiguïtés des émotions vécues lors d’une scène. Il serait plus correct de parler d’ambivalence affective. Très souvent, je l’ai constaté, une confusion involontaire est faite entre ces deux termes : ambiguïté et ambivalence. Est ambigu, ce qui n’est pas clair, ce qui est imprécis, confus, opaque, source d’incertitudes. Est ambivalent, ce qui se fonde sur la lucide reconnaissance des contradictions à l’oeuvre au sein de la personne, de ses sentiments ou de ses actes. Il faudrait remplacer autant que faire se peut l’ambiguïté par l’ambivalence. Paraphrasant Freud nous pourrions dire : « là où était l’ambiguïté, sera l’ambivalence ». André Gorz a dit : « Le commencement de la sagesse est dans la découverte qu’il existe des contradictions dont il faut virer la tension permanente et qu’il ne faut surtout pas chercher à résoudre ».

Lorsque l’on commence à former un couple BDSM, un couple dans les cordes, on cherche à se découvrir, se reconnaître, s’enraciner, se rassembler, se réunir. On cherche à rassembler ce qui est épars, réunir ce qui est désuni, relier ce qui est délié. On peut là retrouver les principes fondamentaux, ciselés au fil de la longue vie de l’humanité, d’une sagesse ancestrale, tels qu’ils sont formulés. Entre autres, par une institution initiatique comme la Franc Maçonnerie universelle. En poussant la réflexion un peu plus loin, on retrouve la différence dans le BDSM ou dans les cordes entre l’amour-fusion et l’amour-authentique : ce dernier, à partir de la même expérience de l’angoisse de séparation, assume celle-ci par le partage des solitudes acceptées, l’échange des différences respectées, la rencontre des identités affirmées et la confrontation des valeurs assumées (quatre principes de base de la définition normative de la reliance).

Dans le cas d’un amour non partagé, que préfére-t-on : aimer ou être aimé ?

  • Dans une relation vanille, la réponse est souvent que les femmes préfèrent aimer, les hommes être aimés. A l’heure actuelle, cette différence est beaucoup moins nette, la tendance pourrait même être inversée ;

  • Et une découverte troublante, j’ai pu faire dans le monde BDSM :

    • chez les gamers la réponse est souvent que les Top, Dom, Maitre/sse, bottom/soum/esclave préfèrent être aimé(e)s ;

    • chez les players : Les Top, Dom, Maitre/sse préfèrent aimé(e)s et les bottom/soum/esclave préfèrent être aimé(e).

L’amour non réciproque est une situation qui lie et délie… mais ne relie pas. Sauf si, par une volonté de métacommunication (communiquer sur la façon dont, dans un couple ou dans un groupe, l’on communique… ou ne communique pas), les partenaires parviennent à créer de la reliance, par le partage de leurs solitudes, l’échange de leurs différences et l’équilibrage de leurs sentiments.

La connexion est quelque chose d’intime, quelque chose de spécial, quelque chose que vous ne pouvez pas avoir avec n’importe qui autrement il n’y aurait rien de spécial. La semenawa, l’aibunawa ou le SM nécessite une bonne connexion bien avant la corde ou une quelconque pratique.

Depuis bien trop longtemps, la connexion est conçue comme un moyen de manipuler la corde ou de manipuler le/la bottom/soum/esclave plutôt que comme un véritable  »quelque chose » qui se passe entre deux individus. Nous pouvons voir beaucoup d’encordeur(se)s, d’encordé(e)s, de Top, Dom, Maître(sse), bottom, soum ou esclave, qui se rencontraient pour la première fois, parfois des indivudus qui ne s’aimaient même pas, qui faisaient des «connexions». L’encordé(e), le/la bottom, soum, esclave a toujours la même expression, l’encordeur(se), le/la Dom, le/la Top, le/la Maître(sse) faisant toujours les mêmes mouvements qu’Il/qu’Elle a fait un million de fois. Peut-être que l’indivudu(e) est connecté(e) à la corde, connecté(e) aux objets, mais pas vraiment l’un pour l’autre.

La connexion est différente pour et avec chaque individu(e), parce que ce qui est partagé est différent. C’est ce qui rend la connexion réelle, quelque chose d’unique entre eux deux. Le BDSM ou les cordes sont les meilleurs moyens pour réaliser cette connexion unique.

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