Voyeurisme, exhibitionnisme et curiosité malsaine dans les cordes ou dans le BDSM - Nawajutsu

Voyeurisme, exhibitionnisme et curiosité malsaine dans les cordes ou dans le BDSM

Lorsque les scientifiques étudient le comportement non-verbal des individus, ils examinent l’attribution d’émotions, qui souvent sont de courtes durées. Les psychologues parlent en terme de disposition à propos d’une qualité individuelle qui est relativement stable.

Il existe plusieurs théories qui expliquent comme les individus infèrent des dispositions chez d’autres personnes, mais également chez eux-mêmes.

Ces théories soulignent également les biais et les erreurs qui surgissent dans pareil processus d’attribution. Dans une perspective de motivation sociale, les individus essaient de comprendre autrui, avec l’idée de pouvoir contrôler leur environnement.

Fritz Heider a défini deux idées centrales pour justifier la manière dont les individus donnent sens à autrui :

  • d’écouter les gens ordinaires sur la façon dont ils pensent aux individus. Parler à des néophytes est une très bonne source d’idées tout à fait intéressantes ;
  • qu’il faut donner un substrat scientifique aux données issues de l’expérience ordinaire des individus, en leur insufflant notamment de la précision et de la cohérence. L’idée de F. Heider est qu’une théorie scientifique et des recherches peuvent fournir une structure conceptuelle susceptible de faire ressortir des modèles commun au départ d’évènements très variés.

En fait, les individus en savent beaucoup au sujet des autres individus et de la manière dont ils pensent à elles, mais ils ne sont pas toujours dans le vrai. Mais comme ils s’appuient fréquemment sur leurs théories naïves, et qu’ils ont souvent un tas d’idées à ce sujet.

Son idée d’être à l’écoute des “gens de la rue” était en parfaite opposition avec la façon qu’ils avaient de travailler à cette époque, le behaviorisme était dominant (les pensées des individus ordinaires étaient considérées comme parfaitement inutiles). Les behavioristes estimaient que c’était des épiphénomènes, c’est à dire sans liens avec le système causal réel.

Les individus essaient de comprendre autrui parce que cela leur permet de faire des prédictions, mais aussi de contrôler la situation autant que faire se peut, ce qui est une disposition adaptative. Pour contrôler et et prédire, il faut avoir une idée de la causalité. Logiquement la compréhension précède le contrôle de l’évènement, on peut prédire et comprendre sans pour autant contrôler.

Parfois les individus essaient de comprendre les autres en dehors de toute curiosité malsaine, ou de tout espoir d’amusement facile. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas un objectif de contrôle. la plupart du temps, ils analysent simplement les autres personnes afin de donner du sens au lien qui existe entre ce qu’ils font et ce qu’ils retirent de cette interaction.

Les individus disposent d’une quantité de théories concernant ce qui poussent les individus à faire ce qu’ils font (dimension de compréhension) et à quoi cela sert (dimension de contrôle).

Bien que l’attribution soit une sous thématique de la psychologie naïve et de la personnologie ordinaire, elle n’en reste pas moins capitale. le terme “attribution” renvoie au processus par lequel les gens expliquent pourquoi les individus font quelque chose. Les théories de l’attribution se concentrent sur la façon dont les individus infèrent de la causalité de départ de tel ou tel comportement.

Lors d’une soirée BDSM, d’un workshop… la personne qui produit, qui induit.. utilisent le processus d’attribution si par exemple il y a trop de personnes inscrites, ou pour éloigner certaines personnes de manière plus subtile. Face à un rejet pour la soirée, pour le workshop… les individus pourraient faire quelques inférences : “il est trop rigide, grognon, qu’il nous aime pas…” ou alors se dire : ”dommage, j’aurai dû m’inscrire plus tôt…”. Quelle utilité à l’inférence, qu’elle aille dans un sens ou dans un autre ? Ces deux inférences de causalité (rigide/grognon… et s’inscrire plus tôt) sont bien différentes voire opposées. L’une est dispositionnelle, l’autre est situationnelle. Chacune mène à une conclusion différente.

Les causes dispositionnelles

Elles renvoient à l’humeur, les caractéristiques de personnalité, les valeurs, les intentions… Tous ces facteurs s’appuient sur des causes internes du comportement. Les personnes sont à la recherche d’invariance dans le comportement, c’est à dire qu’ils recherchent constamment de la stabilité.

La propriété dispositionnelle d’un individu fait que que celui-ci dispose des données qui font que ce qui doit arriver se produit bel et bien.

Les causes situationnelles

La causalité dispositionnelle contraste avec la causalité externe, également qualifiée de situationnelle.

Dans l’exemple citée précédemment, peu importe que l’on aime ou pas les acteurs de la situation ; à partir du moment que l’on accepte leur rôle, on accepte aussi tout ce qui l’accompagne. Un rôle imprime les comportements de celui ou celle qui le tient, tout comme d’autres causes externes telles que les règles, normes, codes, principes, lois. Les contraintes situationnelles vont au-delà des contraintes physiques ou psychologiques.

La nature humaine incite les individus à répondre positivement à une pression situationnelle. La cause est une disposition externe même, si au moment de l’action, l’individu résiste un peu.

Voyeurisme et exhibitionnisme

On parle beaucoup de voyeurisme. On peut voir l’ampleur du phénomène. Une émission de télévision qui filme en “fiction réelle” un groupe de jeunes gens, une femme critique d’art qui raconte, en pornographie réelle, sa vie de partouzarde, d’autres qui s’exhibent en continu sur Internet… Il y a bien là une espèce de phénomène de société.

On doit à la curiosité quelques-uns des plaisirs innocents de l’existence.

Mais est-ce de la curiosité ou du voyeurisme ?

Quelle différence entre les deux ? Un individu regarde dans un télescope, c’est de la curiosité ; par le trou de la serrure, c’est du voyeurisme. Mais si le télescope quitte les étoiles pour se diriger vers l’appartement d’en face ? C’est l’objet, non l’instrument, qui importe. Le voyeurisme est une curiosité appliquée à l’humain et, spécialement, à son intimité. Le problème de la curiosité dans le BDSM ou dans les cordes, est qu’elle porte surtout sur la sexualité, le sensationnel et non sur les pratiques. Certains disent que le voyeurisme est l’amour de la vérité des autres. Est-ce mieux que le narcissisme, qui ne sait aimer que la sienne ? par contre ce qui est aussi très attirant pour la plupart des internautes BDSM ou dans les cordes, c’est l’exhibitionnisme. S’intéresser à l’intimité des autres, c’est une façon, même trouble, d’aimer la vérité (c’est la libido sciendi des scolastiques : le désir de savoir). Mais exhiber son intimité à tous, c’est une façon de n’aimer que soi, ou plutôt que son image, sous le regard des autres. “Parlez-moi de moi, y a que ça qui m’intéresse. Regardez-moi, y a que ça qui me met en joie !” Triomphe du narcissisme : triomphe de la médiocrité.

Ce qui est impressionnant dans cette exhibition, c’est l’étonnante niaiserie de ces internautes. Aucun reproche à ceux qui les regardent avec passion, sauf de manquer de goût et d’exigence des fois… La curiosité peut être un joli défaut. L’exhibitionnisme, quand est-il ?

La curiosité malsaine

La curiosité est naturelle, elle n’est pas un vilain défaut. Elle trouve son sens lorsqu’elle devient un outil de construction et d’exploration. La curiosité saine est à la source de toute grande découverte, elle en est le moteur. Comment évoluer, progresser sans curiosité ?

Mais la curiosité, cette soif légitime de connaissance et de compréhension, dérape souvent pour se métamorphoser subtilement en indiscrétion malsaine, se détournant de ses motivations initiales. L’être humain, sans but constructif, fait alors intrusion dans la sphère privée d’autrui, l’analysant, la décortiquant et bâtissant de nombreuses suppositions à son égard. Cette distorsion de la curiosité est le meilleur moyen de fuir sa propre réalité en tournant son regard vers l’extérieur.

Effectivement, ceux qui choisissent d’ingurgiter massivement une nourriture frelatée et prémâchée composée de blogs, sites, forums, tchats… et d’une certaine médiatisation de scandales, ils perdent rapidement leurs repères, à la découverte d’une réalité fictive, déformée et disproportionnée, qui les amène totalement à l’extérieur d’eux-même. Les repères sont alors décalés, et ils en viennent à nourrir des colportages dont ils ignorent souvent la source, mais qu’ils pensent justes puisque tout le monde les alimente. Ils ont alors des jugements faciles, ce qu’Edgar Morin appelle les terribles simplifications (“à force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, de faire de l’urgence l’essentiel, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel…”, “On vit dans des idées obsolètes et inadéquates dont on attend néanmoins les recettes générales.”, “Ce qui manque dramatiquement, c’est une pensée complexe capable de traiter les problèmes fondamentaux pour armer les citoyens.“ L’alarme d’Edgar Morin). De ce que dit E. Morin, on pourrait traduire une de ses phrases par :  Ce qui manque dramatiquement, c’est une pensée complexe capable de traiter les problèmes fondamentaux pour armer les BDSMistes et les personnes pratiquantes les cordes. Il y a de quoi se noyer largement avec les décalages et les réalités soit-disantes objectives de notre monde BDSM et des cordes.

Assouvissant ainsi cette forme avilissante de curiosité, la nourrissant de cette manne toxique, l’individu évite de se confronter aux questions fondamentales dans lesquelles il est intimement impliqué. Se concentrer sur des problèmes fictifs, improbables, sur les problèmes d’autrui, sur les bruits de couloir, les “il paraît que…”, “as-tu lu…” … nourris de peurs par des individus assoiffés d’audience, est une manière idéale de fuir ses propres responsabilités.

Pour la nette majorité d’internautes dans les cordes ou dans le BDSM, explorer et nourrir les bruits croustillants qui courent sur les moeurs étranges d’autrui, est bien plus tentant, puisque cela permet de fuir ses propres responsabilités, en confiant aveuglément les grandes questions aux responsables d’association, d’atelier, de soirée, de club, de workshop… choisis pour leur habileté à caresser dans le sens du poil et leur tendance naturelle à la myopie lorsqu’il s’agit d’appréhender l’avenir. Et si l’un d’eux retrouve la vue et devient trop dérangeant par sa pertinence, on se charge de l’exclure du système en bouc émissaire. La communauté internet dans les cordes ou dans le BDSM semble prête à tout pour renier le mur vers lequel elle fonce, les deux pieds sur l’accélérateur. Elle choisit donc ses dirigeants pour leur capacité à exprimer ce qu’elle a envie d’entendre.

Une saine curiosité nous ramène immanquablement à nos responsabilités, à la cohérence de nos actes, de nos comportements et à la remise en question. Être sainement curieux, c’est être responsable ! Si l’individu se réfugie dans cette forme stérile et malsaine de curiosité, c’est qu’il est confronté à des évidences dérangeantes qu’il ne veut pas affronter. Plus l’on s’approche du mur, plus il devient difficile de l’ignorer. La tendance actuelle à se noyer dans la futilité pour échapper à la réalité est donc bien compréhensible, mais il n’est pas moins possible de se recentrer et se comporter en être responsable.

Alors sans juger ces mouvements sur le net, réorienter notre énergie et notre curiosité, afin de délaisser ce qui ne nous nourrit pas, puis interrogeons-nous sur les questions fondamentales, dans l’esprit de fraîcheur et de découverte d’un néophyte. Ne pas prendre la réalité de ce monde avec lourdeur, mais l’aborder ludiquement, artistiquement, philosophiquement avec légèreté, comme un grand champ d’expérimentation empli de défis. Nous y sommes actif et pouvons en tout temps changer de direction. Ne soyons pas prétentieux, mais engageons-nous dans cette démarche avec sérieux. Ce qui peut être dérangeant d’un premier abord, finit immanquablement par s’avérer passionnant et fructueux.

Sources : E. Morin, A. Baechler, Susan Fiske, André Comte-Sponville.

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1 commentaire sur « Voyeurisme, exhibitionnisme et curiosité malsaine dans les cordes ou dans le BDSM »

  • Il est vrai qu’il y aura toujours des personnes pour critiquer les autres : ça fait partie de la vie de tous les jours.
    J’admire toujours les personnes qui vont au bout de leurs envies, et, qui font ce qu’ils ont envies. C’est ses personnes-là qui deviennent intéressantes.
    Je pense aussi, qu’au tout départ quand on ne connaît rien au bdsm, il faut une partie de virtuelle, pour obtenir des informations sur ce milieu. Certes, on trouve de tout, mais petit à petit on apprend des choses, et, on arrive à trouver de vrai Maître : ceux-ci sont rares mais ils vous respectent beaucoup et, même vous finissez par les apprécier (un petit clin d’œil à ceux qui me connaissent). Bises Edelweisss38

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