Philosophie du Bondage - Nawajutsu

Philosophie du Bondage

Il existe deux sortes de jeu :

  • les jeux finis (limités), ce que je nomme par le gaming : le but étant de vaincre et de gagner la mise sur son adversaire. La partie est alors terminée. C’est un jeu égocentré ;

  • les jeux infinis (illimités), ce que je nomme par le playing : la pérennité devenant la condition même du jeu. Les rapports de compétition, de division s’épuisent au profit d’une émulation entre les joueurs. Chacun ayant besoin de l’autre pour déployer une construction complémentaire propice au jeu. Pas de vainqueur ou de vaincu. C’est un jeu allocentré.

Le jeu illimité se rapprochant d’une philosophie de l’expérience où chaque instant mène à un renouvellement perpétuel des possibles.

Le bondage se rapprochant des jeux infinis.

Le bondage repose sur cinq principes :

  1. libre et volontaire. Le consentement et la réciprocité des échanges ;

  2. circonscrite dans le temps et l’espace ;

  3. le choix d’être bondageur ou bondagé ;

  4. non utiles et non productive de biens ou de richesses ;

  5. soumis à des règles et législations (en France, la législation française) ;

Pour le bondagé, la recherche du vertige est cet état de lâcher prise et de déresponsabilisation. L’état d’extase se vit le plus souvent de manière inopinée.

Pour le bondageur, le vertige est celui de voir sa partenaire se laisser totalement aller entre ses mains. Désir d’emprise et de possessivité.

Le bondage s’inscrit dans une activité de jeu où des adultes responsables et consentants choisissent de transgresser les normes de socialisation pour mettre en scène leurs imaginations et leurs créations de manière sécuritaire. Les rôles des participants sont prédéterminés, les séances encadrées dans un espace-temps construit autour de protocoles précis reposant sur des échanges de pouvoir assumés.

Les motivations se trouvant dans une sexualité transgressant les stéréotypes sexuels ‘’ vanilles’’, c’est à dire transgressant la sexualité de type ‘’classique’’ ou ‘’traditionnel’’. Cette sexualité ‘’vanille’’ revendique une génitalisation (génitalisation : action de donner un caractère génital à) des rapports et un orgasme acquis au moyen d’une pénétration (vaginale et hétérosexuelle le plus souvent).

Il y a aussi des motivations psychologiques, comme l’exhibitionnisme de la personne bondagée. Le bondage engage une motivation narcissique à offrir et à jouer avec son corps en public. La reconnaissance et les compliments qui suivent une performance viennent renforcer l’estime de soi à travers l’expérience accomplie. Cependant au terme exhibitionnisme (terme qui entraîne rapidement une pathologie de l’acte), je préfère utiliser la notion d’ ‘’extimité’’, il y a une volonté de monstration, une dynamique jouant sur les notions d’intériorisation et d’extériorisation.

L’extimité est définie par Serge Tisseron comme le mouvement qui pousse chacun à mettre en avant une partie de sa vie intime, autant physique que psychique. Il consiste dans le désir de communiquer sur son monde intérieur. Si des individus veulent extérioriser certains éléments de leur vie, c’est pour mieux se les approprier en les intériorisant sur un autre mode grâce aux échanges qu’ils suscitent avec leur proche. C’est une expression du soi intime au service de la création d’une intimité plus riche.

Dans le bondage, il s’agit donc de communiquer sur son monde intérieur afin de tenir à distance le vide potentiel et inconscient qui rôde alentour. L’extériorisation de son intimité permet à une personne d’afficher des pans de son être et de recevoir une preuve de son vécu via la réception et l’attestation du regard d’autrui.

Se faire bonder, c’est offrir ses réactions psycho-affectives, son lâcher prise et son éventuelle prise de plaisir aux yeux des autres. C’est aussi jouer sur la polysémie (polysémie : mot qui peut avoir plusieurs sens) des liens et de l’attachement. Les cordes faisant office d’écran, de frontière poreuse entre ce qui se joue en soi et hors de soi.

Lors de la séance, une bulle se crée. Cette bulle fonctionne en vase clos, selon des règles, des codes et des attentes inhérents au fonctionnement du bondage, ces derniers sont totalement différents des règles et codes traditionnels, dictés selon la société judéo-chrétienne. Le temps de se déconnecter du vécu pour laisser entrer les images mentales.

Lorsque la séance est finie, s’ensuit une phase de désencordage autant que de dés-encodage de la personne de la situation pour savoir ce qui a été vécu, la douleur physique et la souffrance psychique.

Il est possible de faire un glissement sémantique via la symbolique des cordes, l’hypothèse d’un lien linguistique et métaphorique entre les cordes vocales et les cordes végétales… La polysémie de la corde censée maintenir le fil des échanges… De la communication verbales à la communication corporelle, le fil au sens propre se charge du relais métaphorique. Les cordes semble investir une fonction du langage par le biais d’un réseau de liens.

Faire l’expérience des cordes, c’est faire l’expérience d’une triple émancipation :

  1. Une émancipation face au us et coutumes qui régissent les règles de bienséance du quotidien ;

  2. Une émancipation face aux codes policés sociaux et relationnels ;

  3. Une émancipation face à soi-même, face à sa condition de d’être pensant au profit d’une libération des pulsions, d’une recherche de plaisir autre.

Le bondage génère un effet de catharsis, il fait trembler le spectateur, pour le soulager de ses pulsions à travers le plaisir et la purification métaphorique qu’offre la mise en scène dramatique. Par les enjeux qu’il véhicule, le bondage représente une forme d’exutoire bénéfique face aux effets néfastes (professionnels, conjugaux, familiaux, sociétaux, etc.) de notre société. Pour que l’effet catharsis fonctionne, les acteurs et les spectateurs doivent investir pleinement leur rôle. Une rencontre doit advenir. Cette rencontre est la clé de la voute de la relation BDSM. Elle engage trois personnes : le Maître bondageur, le soumis bondagé et le spectateur voyeur. Une mise en scène triangulaire prend forme.

Ce rapport en triptyque représente tant la condition que le garant d’une expérience de l’extimité. Si il n’y a aucun spectateur sur les lieux, alors le regard du Maître ou un appareil photographique se charge alors d’incarner cette troisième fonction.

Le rôle du Maître bondageur est de pressentir le désir du bondagé pour le contraindre et l’attiser en même temps.

Le rôle du bondagé est littéralement d’ex-primer (faire sortir) une part de son intimité pour la soumettre au regard d’autrui.

Le rôle du spectateur voyeur est de soutenir, d’attester et de renvoyer par son regard, le témoignage intime que le bondagé lui donne à voir.

Le bondage est bien une affaire d’équipe.

L’expérience de la corde constitue une nouvelle réalité de soi. Il permet au bondagé de se mouvoir dans un état psychique de liberté paradoxale. Le lâcher prise qu’offre l’encordage du corps permet une forme de spiritualité qui se nourrit d’entraves pour atteindre son paroxysme : le subspace. Le subspace apparaît en tant qu’espace décalé, quasi occulte, dans lequel la pensée, les images mentales peuvent trouver leur épanouissement, leur grâce par le biais du pouvoir de constriction du bondage. Ce dernier neutralise le corps sans ménagement afin de saper toute rébellion physique au profit d’une émancipation psychique. L’expérience du subspace fait que de la contrainte du corps, naît paradoxalement la liberté de l’esprit. La liberté coïncide avec l’obéissance, c’est à dire que la déresponsabilisation individuelle, l’hétéronomie de la volonté permettent un accroissement du bien-être ressenti phénoménologiquement comme un accroissement de la liberté.

L’identité d’égo ne peut ainsi se définir que dans sa dépendance ontologique à alter, dans son attache hétéronomique (hétéronomie :impossibilité de vivre selon ses propres lois) à lui. Pour parodier Lacan, ‘’y a du lien’’. Et ce lien ou bond en anglais entre alter et égo, ego passera toute sa vie à vouloir la resserrer. Le bondage comme pratique sadomasochiste consistant à utiliser les liens pour enserrer le corps de l’autre, ou se faire enserrer soi-même, est en fait la pratique de communication intersubjective la plus courante. L’univers du SM et du bondage nous révèle de façon paradigmatique ce qu’est la communication humaine : création de liens doublement polarisée par l’opposition copulatoire dominant-dominé. Il y a une disparition de la souffrance au profit du plaisir dans la douleur, au profit d’une quête de liens physiques et psychiques issus de pactes sans cesse renouvelés.

Le plaisir du Maître bondageur est celui de l’autorité, de la possessivité, de l’objectivation d’autrui et de l’esthétisme des cordes nouées. Le plaisir du bondagé est celui de la soumission et du lâcher prise, de la mise en scène de soi par le biais d’une extimité.

Le Maître bondageur ne domine pas tout, il est et reste soumis au plaisir du bondagé, ainsi qu’à son pouvoir d’arrêter le jeu.

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